Chapitre 6

 

LE SOCIAL

DES CONDITIONS DE VIE DÉCENTES POUR TOUS

 

 

On nous parle souvent de la grandeur de la France, de son prestige. Mais ce qui fait la grandeur d'un pays, ou son prestige, ce n'est pas seulement son PIB, ni les cotations du CAC 40, ou les salaires des PDG des entreprises qui y figurent. Ce ne sont pas non plus les réceptions en grande pompe des représentants de pays étrangers, ni les palaces qui accueillent les plus fortunés de la planète. Pour nous, "citoyens ordinaires", ce qui fait le prestige d'un pays, c'est avant tout le niveau de vie de ceux qui ont les plus bas revenus.

 

Que certains parmi les plus fortunés n'aient d'autre idéal que s'enrichir toujours d'avantage sur le dos des plus défavorisés est déjà particulièrement répugnant. Mais que des citoyens de plus en plus nombreux doivent se contenter de survivre, pendant que d'autres gagnent en une heure ce que nous ne pourrions rêver gagner en plusieurs années, est révélateur d'une société malsaine et dépravée !!! Ce n'est pas pour autant que les plus démunis doivent en faire les frais et se débattre toute leur vie dans des difficultés dont ils ne sortiront jamais. Notre actuel président a instauré le bouclier fiscal, à la grande satisfaction de quelques privilégiés, nous le remplacerons par un bouclier social, au profit des plus démunis, sous la forme d'un "revenu citoyen".

 

Avant d'en venir aux mesures elles-mêmes, je tiens encore à dire que je suis consterné par l'attitude des leaders des grandes centrales syndicales (en particulier CGT, CFDT et FO). Au cours de ces dernières années, pas un mot sur les minimas sociaux, pensions de retraite et d'invalidité dérisoires, ou au mieux quelques revendications si timides qu'elles sont passées totalement inaperçues. Mais quelle peut bien être la raison de ce manque d'intérêt, alors que parallèlement les syndicats remplissent parfaitement leur rôle face au report de l'âge légal du départ à la retraite ? La réponse, est tellement évidente que deux mots suffisent à la résumer, clientélisme et égoïsme. Pourquoi en effet les syndicats se soucieraient-ils des retraités ou invalides, dans la mesure où ceux-ci ne participent plus aux élections des délégués du personnel, comités d'entreprise et autres, au sein desquelles siègent les représentants syndicaux ? À l'inverse, ceux pour qui ils appellent à manifester sont en activité et participent à ces élections. Ceci explique sûrement cela.

 

La toute première mesure que je propose me semble la plus urgente et la plus semble essentielle, à une époque où il existe encore dans notre pays des citoyens qui souffrent de malnutrition, ce qui est inacceptable. La destruction des invendus sera donc interdite, les magasins ayant l'obligation de les céder aux épiceries sociales ou aux associations caritatives. Il semble en effet plus responsable, sur un plan humain, d'en faire don plutôt que les détruire. Tant que des êtres humains n'ont pas la possibilité de se nourrir convenablement, un tel gaspillage est une véritable insulte. Les mesures qui vont suivre maintenant reposent sur un principe que je considère comme fondamental à notre époque et dans un monde où circulent tant de richesses : tout individu, quelle que soit sa situation, a droit à des conditions de vie décentes !

 

 

RÉORGANISATION DES SERVICES SOCIAUX : .Nous avons vu au chapitre précédent que les "revenus alternatifs" versés au titre de droits acquis par le travail seront versés par l'Agence Nationale de l'Emploi, des Salaires et Revenus Alternatif. Il en sera ainsi des allocations de chômage ou de retraite, des revenus versés pour les périodes de congé formation, congé parental, arrêt maladie ou accident.

 

Les pensions d''invalidité et les prestations sociales (allocations familiales, allocation logement) seront quant à elles versés par la caisse d'allocation familiale, qui sera rebaptisée Caisse des Prestations Sociales et Familiales. Ainsi, la caisse d'assurance maladie ne conservera de ses actuelles activités que la branche santé (remboursement des consultations médicales, hospitalisations, frais de pharmacie).

 

 

REVALORISATION DES MINIMAS SOCIAUX : Les minimas sociaux devront être portés au immédiatement à 750 euros mensuels. Il s'agit de LA priorité absolue, car c'est vraiment un strict minimum pour subvenir aux besoins les plus élémentaires. Ce montant reste encore inférieur au seuil de pauvreté (qui est d'environ 900 euros), mais les minimas sociaux seront remplacés dès que possible par un "revenu citoyen" garantissant à tous un revenu minimum tout au long de la vie. Il sera compris entre 1000 et 1250 euros mensuels, en fonction du temps d'activité, du niveau de qualification et des services rendus à la collectivité grâce au "service citoyen". Il sera majoré dans des cas particuliers (handicap par exemple).

 

Le revenu citoyen sera payé en euros dits "Achat France", nouveau concept que j'ai longuement détaillé au chapitre économie. Il me semble en effet juste, lorsque des citoyens bénéficient de la solidarité nationale, qu'ils se montrent en retour solidaire de notre économie en privilégiant l'achat de produits fabriqués en France, participant ainsi à soutenir l'emploi (dans leur propre intérêt d'ailleurs). Cette mesure concernera aussi bien ceux qui sont privés d'emploi, que ceux qui sont dans l'incapacité de travailler. De plus, le revenu citoyen sera indexé sur le coût de la vie et un nouvel indice sera pour l'occasion mis en place. Il sera basé uniquement sur les dépenses courantes des ménages à revenus modestes.

 

 

LES RETRAITES : Elles aussi devront bien entendu être revalorisées, prioritairement celles inférieures au seuil de pauvreté. Aucune retraite à taux plein ne devra être inférieure à 1000 euros mensuels, ce qui est bien le moins qu'on puisse faire pour ceux qui ont travaillé toute leur vie. La notion d'âge légal devra disparaître, le seul critère à considérer devant être la durée de cotisation qui sera en outre modulée en fonction des métiers. Il est évident que l'état de fatigue n'est pas le même selon qu'on a occupé des postes de maçon, cadre, ou haut fonctionnaire. Ce n'est alors que justice et bon sens d'en tenir compte dans la durée de travail nécessaire pour prétendre à la retraite.

 

Certes, la mesure peut sembler coûteuse, mais nous avons vu au chapitre économie que les actuelles cotisations sociales (patronales et salariales) seraient fiscalisées. Seront donc mis à contribution ceux qui actuellement échappent à ces prélèvements, à savoir ceux qui tirent leurs revenus du capital. Il ne fait aucun doute que ce sera là un apport non négligeable. L'actuelle réforme des retraites qu'on voudrait nous imposer est non seulement injuste (car ce sont une fois encore les seuls salariés qui sont pénalisés), mais surtout elle bat tous les records en matière de ridicule.

 

Le gouvernement voudrait nous faire croire que le report de l'âge légal de la retraite pourrait à lui seul sauver notre système. Pourtant, si on prend la peine d'y réfléchir, cela ne résout en rien le problème. À quoi bon en effet vouloir faire travailler les salariés plus longtemps si n'est pas résolu préalablement le problème de l'emploi ? Nous savons tous que celui qui perd son emploi après cinquante ans n'a pratiquement aucune chance d'en retrouver un autre. Ce faisant, nous reportons simplement sur l'ASSEDIC les difficultés des caisses de retraites et nous rendons de surcroît plus difficile l'accès des jeunes à l'emploi.

 

Sauf à vouloir reporter indéfiniment l'âge de départ, nous ne pourrons parvenir à une solution durablement efficace que si deux conditions sont remplies. Tout d'abord, comme je viens de le dire, trouver de nouvelles sources de financement. C'est le but de la fiscalisation des charges sociales, grâce à laquelle ceux qui y échappaient jusqu'à maintenant contribueront à ce financement. La deuxième condition à remplir est de relancer la création d'emploi. Plus il sera créé d'emplois, plus nombreux seront ceux qui paieront des impôts et participeront ainsi au financement.

 

Les mesures proposées aux chapitres consacrés à l'économie et à l'emploi permettent de remplir ces deux conditions. Résoudre ces problèmes, c'est résoudre également celui du financement des retraites, ce qui rendrait alors inutile le report de l'âge légal de départ, tout en autorisant de meilleurs niveaux de retraites. Lorsque nous y serons parvenus, il restera encore à envisager une harmonisation des régimes public et privé pour plus de justice sociale.

 

 

LES PRESTATIONS SOCIALES : Les règles pour bénéficier des allocations familiales devront être revues, car injustes. D'une part, ces allocations devront être modulées en fonction des revenus du ménage, d'autre part, les parents devront pouvoir en bénéficier dès le premier enfant.

 

Concernant le premier point, les revenus moyens ne devraient pas être affectés. En revanche, je ne peux comprendre qu'un ménage aux revenus très élevés perçoive les mêmes allocations qu'un couple de smicards. Il serait tout aussi anormal qu'ils puissent en bénéficier, alors qu'un couple percevant les minimas sociaux n'y aurait pas droit pour son premier enfant. Ce qui m'amène au second point. Dans les familles modestes, c'est au premier enfant que les besoins pour assumer les dépenses se font le plus sentir. En effet, ces familles malheureusement trop nombreuses n'ont bien souvent d'autre choix que d'utiliser pour le deuxième enfant ce qui avait été acheté pour le premier.

 

Devra également être revu le calcul de l'allocation logement, non seulement opaque, mais surtout totalement absurde. Mon propre cas sur ces dernières années en est une parfaite illustration. Jugez plutôt, plus mes revenus sont faibles, plus l'allocation diminue :

En 2008, pour un revenu annuel de référence de 12341 euros, je percevais 124,23 euros

En 2009, pour un revenu annuel de référence de 10754 euros, je percevais 107,82 euros

En 2010, pour un revenu annuel de référence de 10419 euros, je perçois 82,98 euros

 

C'est ubuesque et contraire au plus élémentaire bon sens. Mais plus grave, lorsque je demande que la CAF me communique le détail du calcul, on m'explique que c'est impossible, trop d'éléments étant pris en compte. C'est inacceptable, il faudra établir un mode de calcul plus simple et surtout plus logique. De plus, pour toute prestation quelle qu'elle soit, le détail de leur calcul devra obligatoirement figurer dans les notifications adressées aux bénéficiaires.

 

 

L'AIDE À L'INSERTION : Nous avons vu au chapitre précédent qu'il existe des cas particuliers, que j'ai appelé des "accidentés de la vie", pour lesquels le retour à la vie active peut s'avérer parfois impossible sans accompagnement. Il peut s'agir par exemple de gens psychologiquement fragilisés, brisés par divers évènements survenus dans leur vie, de personnes éloignées du travail depuis trop longtemps (SDF sur une longue période), ou encore de détenus sortant de prison après une longue incarcération. Parfois, peuvent aussi être en cause l'illettrisme, l'absence de qualification, un niveau de compétences insuffisant ou des compétences obsolètes.

 

Des mesures d'accompagnement, prises en charge et rémunérées par l'ANESRA, les aideront à trouver (ou retrouver), progressivement, une vie professionnelle normale. Les stages d'insertion qui leur seront proposés feront intervenir des psychologues, des conseillers en insertion professionnelle, des membres de l'ANESRA et des travailleurs sociaux. Des partenariats devront également être recherchés avec les employeurs, afin que les bénéficiaires puissent effectuer des stages en entreprise. Si nécessaire, ils devront aussi pouvoir bénéficier d'un hébergement. Pour ces mesures d'accompagnement, les parcours pourront être plus ou moins longs selon les cas. Ces stages d'insertion se dérouleront en trois et parfois quatre étapes.

 

La première étape permettra de cerner leurs besoins et de rechercher éventuellement quelles orientations pourraient leur être proposées. Certains peuvent avoir seulement besoin d'être remotivés, d'autre au contraire de suivre un stage d'alphabétisation, une formation, ou une actualisation de leurs compétences. Au cours de cette étape, ils se familiariseront également avec les techniques de recherche d'emploi.

 

La seconde étape ne concerne que ceux pour qui un besoin particulier serait apparu. Elle visera donc à leur procurer un stage (ou toute autre forme d'accompagnement) lorsque cela s'avère nécessaire (formation, alphabétisation, etc).

 

La troisième étape portera sur des stages pratiques en entreprise. Bien entendu ces stages auront pour but de familiariser (ou réhabituer) le bénéficiaire à la pratique de son métier, mais aussi de le réaccoutumer progressivement au respect d'horaires réguliers. Dans certains cas, en effet, lorsqu'on est éloigné depuis trop longtemps du monde du travail, retrouver un rythme normal et respecter des horaires ne va pas forcément de soi. C'est même souvent l'un des principaux obstacles au retour à la vie professionnelle.

 

La dernière étape, dont la durée pourra varier en fonction des besoins, consistera en un accompagnement personnalisé à la recherche d'emploi.

 

 

LES AIDES ALTERNATIVES : Pour certains, hélas, toute tentative d'insertion restera vaine, malgré la bonne volonté dont ils pourraient faire preuve. D'autres mesures, prises en charge cette fois par la Caisse des Prestations Sociales et Familiales, devront permettre de leur venir en aide. Deux cas de figure pourront se présenter.

 

Quelques uns seront totalement inemployables et déclarés en incapacité, celle-ci devant être constatée par la commission de suivi individuel dont nous avons parlé au chapitre emploi. Après avoir épuisé leurs droits aux allocations de chômage, ils percevront alors le revenu citoyen. D'autres ne seront inemployables que dans le secteur marchand. Lorsqu'il existe des possibilités, ils seront mis au service d'administrations, services publics, collectivités, ou associations d'utilité publique pour un nombre d'heures correspondant au revenu citoyen (qu'ils percevront eux aussi).

 

Il faut bien reconnaître qu'il existe aussi quelques individus qui ne veulent absolument pas travailler, bien qu'ils en aient la capacité. Je ne pense pas que ce soit une raison suffisante pour les laisser mourir de faim ou de froid, comme c'est malheureusement encore parfois le cas. Toutefois, il n'y a aucune raison non plus pour leur apporter plus que le strict nécessaire. Il ne serait en effet pas juste de mettre sur un pied d'égalité ceux qui ne peuvent pas travailler et ceux qui ne le veulent pas.

 

En conséquence, ils ne bénéficieront que du revenu citoyen minimum, mais pourront si nécessaire être reçus par des structures au sein desquelles ils trouveront hébergement et nourriture, les frais étant prélevés sur leur revenu citoyen. L'hébergement devra être adapté aux différents cas, personne seule ou famille (chambre individuelle ou logement, vide ou meublé). Si les prélèvements ne couvrent pas les frais, ils participeront aux travaux internes à la structure d'accueil (ménage, préparation des repas ou autre).

 

J'insiste encore une fois sur le fait qu'ils ne sont qu'une infime minorité et en tout cas bien moins nombreux que ce qu'on voudrait nous faire croire. Personnellement (et je sais que je suis loin d'être seul à le penser), je suis assez tenté de croire qu'il y a proportionnellement plus de profiteurs parmi les politiciens que parmi les chômeurs. Pour autant, il ne serait pas sérieux de ma part de vilipender les profiteurs au pouvoir et par ailleurs de trouver normal que d'autres puissent profiter du système.

 

Pour conclure, une mesure qui semble essentielle à une époque où il existe encore, dans notre pays, des citoyens qui souffrent de malnutrition, ce qui est inacceptable. La destruction des invendus sera donc interdite, les magasins ayant l'obligation de les céder aux épiceries sociales ou associations caritatives. Il semble en effet plus responsable, sur un plan humain, d'en faire don plutôt que les détruire. Tant que des êtres humains n'ont pas la possibilité de se nourrir convenablement, un tel gaspillage est une véritable insulte et doit être considéré comme un délit grave.