Chapitre 7

 

LA SANTÉ

L'ACCÈS AUX SOINS POUR TOUS

 

 

Il y a une trentaine d'années, le monde entier nous enviait notre service de santé. Aujourd'hui, nous assistons impuissants à son démantèlement méthodique. Trop de médecins dans les grandes villes, alors qu'ils font cruellement défaut à la campagne, avec pour conséquence une généralisation des dépassements d'honoraires en zone rurale et une surenchère au niveau des arrêts maladie souvent abusifs dans les grandes villes. Des services, voire des hôpitaux entiers fermés parce que pas assez "rentables" nous dit-on. Tout désormais est jugé sous l'angle de la rentabilité, mais la santé n'est pas une marchandise et un hôpital n'a pas à être rentable !

 

Ce n'est pourtant pas là le plus grave. De plus en plus nombreux sont ceux, pour la plupart des personnes âgées, qui n'ont maintenant même plus les moyens de consulter lorsqu'ils sont malades. Ne plus pouvoir se soigner à l'âge où on en aurait pourtant le plus besoin est dramatique pour ceux qui le vivent au quotidien. Comme disait Coluche dans l'un de ses sketches : "dites-nous de quoi vous avez besoin, on vous expliquera comment vous en passer". C'est bien là où nous en sommes aujourd'hui.

 

Dépassement d'honoraires quasi systématiques, déremboursements par ci, médicaments de plus en plus chers par là, lunettes hors de prix, sans parler des prothèses dentaires ou auditives. Prothésistes et dentistes se renvoient la balle, mais il est clair qu'au moins l'un des deux réalise des marges substantielles. Sur ce point, j'avoue avoir quelques lacunes, mais j'ai peine à croire qu'un peu de résine puisse coûter si cher. Le "trou de la sécu" et les tarifs de plus en plus inaccessibles des mutuelles ne sont pas dus uniquement à l'abus de médicaments soi-disant "de confort", contrairement à ce qui se dit ici et là. Ils sont aussi, pour partie, le fait des tarifs excessifs pratiqués par certains intervenants.

 

Il est urgent de remettre un peu d'ordre dans ce qui semble devenir un véritable "foutoir". C'est le Conseil Supérieur de la Santé Publique qui y veillera. Il sera composé, en plus de son président, de représentants : des associations de patients et usagers ; de l'assurance maladie et du secteur mutualiste ; du secteur hospitalier ; des praticiens de chacune des spécialités médicales ; de l'industrie pharmaceutique et autres intervenants (prothésistes, opticiens). C'est sous son autorité que sera placé l'INSERM.

 

Commençons par l'hôpital, il n'est évidemment pas question d'avoir un établissement à chaque coin de rue et je comprends qu'ils ne puissent tous être équipés d'un matériel de pointe coûteux. Mais fermer des services de maternité est une économie de bouts de chandelles injustifiable. De même, il n'est pas admissible qu'un hôpital ne dispose pas obligatoirement d'un service d'urgences, dès lors qu'il n'inclut pas des interventions lourdes, parfois très spécialisées. La répartition des hôpitaux devra donc être soigneusement étudiée et ils seront placés sous le statut de régies citoyennes tel que nous avons vu au chapitre économie. Contrairement à ce qui se pratique actuellement, un médecin hospitalier ne pourra exercer la médecine libérale au sein de l'hôpital (actuellement il peut y consacrer 20% de son temps de présence). Placé sous le statut de fonctionnaire, il ne sera donc plus rémunéré à l'acte, mais au temps effectué. Les tarifs devront être les mêmes en tous points du territoire et les dépassements d'honoraires seront strictement interdits

 

Venons-en maintenant à la médecine de proximité. La quasi-totalité des médecins de ville exercent en qualité de médecins libéraux. Pour l'instant, la plupart sont des gens sérieux qui prennent leur métier à cœur. Mais dans une société où le sens des valeurs et l'intégrité cèdent de plus en plus la place à la cupidité, des dérives sont à craindre. En effet, rémunérés à l'acte, certains médecins peuvent être tentés de pousser le patient à consulter plus souvent que nécessaire (il semble que cette pratique commence déjà à se répandre). Par ailleurs, en raison des cadeaux généreusement offerts par les laboratoires pharmaceutiques, ils peuvent être tentés de prescrire des médicaments plus en fonction des cadeaux reçus ou espérés, qu'en fonction de l'état réel du patient.

 

Pour garantir aux patients des soins réellement appropriés et pour permettre à ceux qui n'en ont plus les moyens de se soigner, il devient nécessaire d'étendre à chaque canton l'implantation de centres de santé. Outre des médecins généralistes, ils regrouperont des spécialistes tels que gynécologues, dentistes, ophtalmologistes, pédiatres, psychologues, laboratoires d'analyses. Comme en milieu hospitalier, ces médecins seront salariés et donc rémunérés au temps effectué. Ces structures pratiqueront le tiers-payant (les tarifs devant être les mêmes en tous points du territoire) et les dépassements d'honoraires seront strictement interdits. Pour encourager les étudiants en médecine à pratiquer en hôpital ou en centre de santé, ils pourront bénéficier d'aides particulières pour leurs études s'ils s'engagent à exercer dans ces établissements pour une durée minimum de cinq ans

 

Concernant les médecins libéraux conventionnés, un numerus clausus devra permettre de mieux répartir les praticiens où il en est besoin et non plus seulement dans les grandes villes. Les médecins ayant préalablement exercé en milieu hospitalier ou en centre de santé pendant cinq ans bénéficieront d'une priorité lors du choix du lieu d'exercice. Pour encourager les médecins conventionnés à pratiquer dans les zones où ils font défaut, des aides à l'installation pourront leur être versées, ainsi qu'un complément de revenu (là encore s'ils ont préalablement exercé en milieu hospitalier ou en centre de santé pendant cinq ans). Pour être conventionnés, les médecins devront tous appliquer les mêmes tarifs, négociés avec la caisse d'assurance maladie. Les dépassements d'honoraires leur seront interdits, sauf en cas de demande particulière du patient (par exemple si celui-ci souhaite être reçu en dehors des heures d'ouverture).

 

Quant aux dentistes, ils ne sont ni des mécaniciens, ni des dépanneurs électroménager. Comme les médecins, leur métier est de soigner et ils n'ont pas à prélever de marge sur d'autres éléments, tels que les prothèses. Pour être conventionnés, ils devront se plier à cette règle et appliquer, comme les médecins, un tarif négocié avec la caisse d'assurance maladie. Les professionnels de la santé doivent comprendre que sauver la "sécu" n'est pas uniquement l'affaire des patients, mais de tous, eux compris. Les dentistes sont donc eux aussi concernés et ils devront se montrer plus raisonnables.

 

Pour ce qui est des coûts abusifs de certains produits pharmaceutiques, lunettes et autres prothèses, soit les professionnels et laboratoires accepteront de revenir à des marges plus raisonnables, soit devront être favorisées des créations de régies, coopératives ou sociétés citoyennes. De plus, l'INSERM pourrait être doté d'un laboratoire de recherche de très haut niveau. L'institut pourrait exploiter les brevets issus de ses recherches et serait ainsi au public ce que les laboratoires pharmaceutiques sont au privé. Ce centre serait alors placé sous le statut de régie citoyenne (voir chapitre "Économie").

 

Enfin, face aux tarifs de plus en plus élevés pratiqués par les mutuelles, ceux qui n'ont que de faibles revenus ne peuvent désormais plus en payer les cotisations et doivent alors renoncer à se soigner. En conséquence, le plafond des revenus pour bénéficier de la CMU complémentaire (aujourd'hui complètement ridicule) devra être revu. Si nécessaire, une mutuelle publique sera créée sous statut de régie citoyenne. Plus personne ne doit, à notre époque, être contraint de dire : "je ne peux pas me soigner parce que je n'en ai pas les moyens". Ce n'est pas supportable, surtout dans notre pays qui fut si longtemps un modèle en matière de santé ! Une telle situation ne peut se justifier et l'accès aux soins pour tous doit devenir un droit. Ce droit est tellement fondamental, qu'il devra être inscrit dans la constitution