PRÉFACE

 

 

Inconnu du grand public, je n'imaginais pas en écrivant ce que vous allez découvrir que mes idées pourraient susciter un tel intérêt. Car, à défaut d'avoir attiré l'attention des médias français, j'ai connu rapidement une certaine popularité sur les réseaux sociaux. J'ai même eu la surprise de voir mon nom cité dans le New York Times et le Herald Tribune (raison pour laquelle je ne parlais plus haut que des médias français). Ce n'était certes pas au sujet de mon livre, mais quand même au sujet d'opinions exprimées lors des élections de 2012. Il n'empêche que pour un inconnu tel que moi, avoir attiré l'attention de journaux mondialement connus est tout de même très flatteur. 

 

Outre mes publications sur Facebook, il y eut surtout sur Youtube l'une de mes interventions, reprenant principalement des passages de la conclusion du livre, qui a été vue plus de 15.000 fois en 4 mois. Depuis, elle progresse plus lentement mais dépasse quand même les 27.500 vues, ce qui est assez rare pour un inconnu. Si j'en crois les commentaires, il semble qu'elle exprime exactement ce que ressentent les citoyens abandonnés, méprisés, voire trahis, par ceux qui prétendent les représenter.

 

Ce sentiment d'abandon et d'injustice, ce rejet de la classe politique dans son ensemble et de sa lâcheté face au modèle néolibéral désastreux, déjà si souvent exprimés dans les sondages, paraissent maintenant confirmés par l'enthousiasme qu'a suscité à ses débuts "Nuit Debout". Ce mouvement soulignait, comme je le fais ici, la nécessité d'une autre forme de démocratie et donc d'une réforme en profondeur de la constitution et des institutions.

 

J'ai écrit ce livre en réponse à ceux qui nous gouvernent, politiciens, économistes, brillants majors de promotion de l'ENA, Science Po, HEC et autres, qui nous ont conduit à la situation lamentable d'aujourd'hui. Avec arrogance, ils s'obstinent pourtant à vouloir nous éclairer sur les raisons de leurs échecs et sur ce que nous devons faire pour nous en accommoder. Mon propos est de leur expliquer comment nous, citoyens "ordinaires" de la "France d'en bas", comme ils disent, imaginons le monde de demain et de leur proposer pour y parvenir des mesures innovantes.

 

Combien de fois nous sommes-nous demandé pourquoi ces dirigeants, bardés de diplômes (dont les salaires ne cessent de grimper, alors que les nôtres stagnent dans le meilleur des cas) ne sont jamais parvenu à autre chose que nous bâtir un monde malade et pitoyable ? À quoi bon avoir fait de si brillantes études pour en arriver à de si navrants résultats ? Allons-nous continuer de leur confier notre destin tous les cinq ans, pour n'obtenir en retour que des conditions de vie toujours plus désastreuses ?

 

Je ne me fais aucune illusion, politiciens et économistes, ne verront dans ce qui suit qu'utopie, rêves d'un naïf, voire même une véritable hérésie économique et politique (heureusement, les hérétiques ne finissent plus au bûcher). Mais, pour avoir obtenu les résultats que l'on sait malgré tout leur savoir, je me félicite de ne pas être des leurs et leur mépris m'indiffère. Ce n'est d'ailleurs pas à eux que s'adresse priotairement ce livre.

 

Leur logique toute mathématique laisse de côté ce qui dérange, ils sont imperméables à ce que les chiffres dissimulent de misère, de souffrances et désordres psychologiques. Alors, puisque seuls les chiffres ont une valeur significative à leurs yeux, en voici quelques uns, les chiffres de ceux à qui est destiné ce livre :

- 9.000.000 de français (15% de la population) vivant au-dessous du seuil de pauvreté (910 euros mensuels) qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts.

- 3.318.500 français (environ 5,4% de la population) non logés ou mal logés.

- 3.364.000 chômeurs (soit plus de 10% de la population active), si l'on tient compte uniquement de la catégorie A et seulement sur la métropole. Ce chiffre dépasse les 5.000.000 si on inclut ceux des catégories B et C, en ajoutant les DOM TOM. Sans parler de ceux innombrables qui vivent maintenant dans l'angoisse que la crise dont nous ne sommes toujours pas sortis les envoie grossir ce chiffre. Visiblement le chômage progresse mieux que le pouvoir d'achat...

- Ceux (dont il semble impossible de trouver les chiffres récents) qui ne disposent que d'un emploi précaire et qui sont le plus souvent sous-payés.

- 40,71 % de français qui ne font plus confiance au monde politique et préfèrent s'abstenir ou voter nul lors des élections, plutôt que donner leurs voix à celui qui leur semble seulement "le moins pire" (chiffre des législatives de 2007, soit plus que le pourcentage obtenu par l'UMP, gagnant de ces élections).

- Entre 15% et 30%, selon les sources. Voilà l'estimation du nombre de ceux qui, en France, n'ont plus les moyens de se soigner lorsqu'ils sont malades.

- Les millions de jeunes qui s'inquiètent à juste titre pour leur avenir, ou plutôt, qui savent trop bien à quoi il ressemblera et refusent ce monde sans espoir qu'on leur propose.

- 9.000.000 d'êtres humains (dont 1 enfant toutes les 5 secondes). C'est le nombre de ceux que la famine tue chaque année dans le monde. Et encore, c'est sans compter les 1.020.000.000 (oui, vous avez bien lu, 1 milliard, 20 millions) qui souffrent de malnutrition (selon la FAO), dont tout de même 2.000.000 en France, pays considéré pourtant parmi les plus riches...

 

Il y a déjà presque vingt ans que j'ai écrit l'essentiel de ce livre, en quelque sorte pour répondre à un défi que m'avaient lancé des amis à l'issue d'une conversation animée où nous refaisions le monde. Chacun donnait son opinion sur la politique du moment et se plaignait des élus qui ont toujours déçu nos attentes. Croyant en terminer sur le sujet, j'avais alors cru bon d'ajouter : "tout le monde se plaint, mais finalement, qui fait quelque chose pour que ça change ?" Ce à quoi l'un des amis présents m'a répondu "personne ne fait rien, d'accord, mais toi, que fais-tu concrètement ?" Cette phrase m'a fait réfléchir, faire quelque chose de concret, oui, mais quoi ?

 

Une autre conversation à laquelle je prêtais une oreille indiscrète à la terrasse d'un café a été décisive. Deux personnes, visiblement favorables au gouvernement d'alors, se plaignaient de l'ingratitude d'une opinion publique jamais satisfaite, quoi qu'on fasse. L'un des interlocuteurs déclarait : "Quand on se désintéresse de la politique, qu'on ne vote pas et qu'on refuse d'agir, le seul droit qu'on ait, c'est celui de se taire" et le second de renchérir : "De toutes façons, critiquer est facile, mais ceux qui n'ont rien de mieux à proposer feraient mieux de la fermer". En écoutant ces propos, j'ai pris conscience qu'ils étaient justifiés et que pour avoir le droit de me plaindre, je devais agir et être capable d'imaginer autre chose que ce qui nous est imposé.

 

De là est née l'idée de ce livre qui était pour moi un moyen comme un autre, mais à ma portée, d'agir concrètement. Il faut préciser que mon parcours m'a amené à évoluer dans des milieux divers et variés : conducteur de métro, salarié mal payé dans toutes sortes d'emplois sans intérêt, patron d'une petite société de services aux entreprises, puis la galère (chômeur, RMIste, clochard comme on disait à l'époque) et enfin, le bout du tunnel, formateur, dans l'aide à l'insertion d'abord, puis en multimédia et Internet pour finir. Ce parcours atypique me permet donc de comprendre et d'avoir une connaissance précise des attentes de la plupart d'entre nous.

 

Mon idée était de proposer des mesures susceptibles de concilier les attentes des uns et des autres. Malheureusement, mon seul diplôme se résume à un certificat d'études et mon parcours scolaire s'arrête à une 4ème de lycée, ce qui allait sans nul doute limiter considérablement mes chances d'être entendu. Mon niveau aujourd'hui doit se situer à peine au niveau bac, ce qui démontre d'ailleurs qu'il n'est pourtant nul besoin de sortir de Science Po ou de l'ENA pour être capable de concevoir un programme politique cohérent et même d'élaborer un projet de réforme de la constitution.

 

Aujourd'hui, modeste retraité, je ne suis donc qu'un français tout à fait ordinaire, vous savez, un de ces fameux "français d'en bas" pour lesquels on avait promis de faire tant de choses !!! De ce fait, je ne pensais pas que mes idées puissent dépasser un jour le cercle de mes proches. Mes amis m'ont persuadé du contraire et mon succès sur les réseaux sociaux, ainsi que les résultats déplorables obtenus par des gens auxquels plus personne ne croit ont fini de me convaincre que mes idées n'étaient pas plus stupides que les leurs.

 

Par ailleurs, certains évènements se sont produits, étayant ma conviction que le "français d'en bas" a maintenant une telle envie d'un autre monde qu'il est prêt à se rallier à des idées nouvelles d'où qu'elles viennent, même (et surtout) de gens n'appartenant pas à l'élite politique. Il y a eu les émeutes des banlieues de l'automne 2005 (appelées pudiquement par certains "violences urbaines") qui nous ont permis de prendre conscience d'un profond malaise et d'une exaspération dont nous n'avions, jusqu'alors, qu'une très vague idée.

 

Il y a eu le "NON" au traité de constitution européenne, ce qui n'a pas empêché le Président Sarkozy de faire adopter, par le Parlement, un texte identique, montrant ainsi le respect qu'il a des citoyens et l'importance qu'il accorde à une volonté pourtant clairement exprimée. Plus récemment, pour rester dans le domaine de la trahison, il y eut également la petite phrase de François Hollande durant la campagne présidentielle "Mon ennemi c'est la finance", dont on a pu mesurer ensuite tout le crédit qu'il convenait d'y accorder.

 

Il y a encore maintenant la crise économique et financière, entraînant parfois des actions violentes, ce que je ne peux condamner lorsque c'est le seul moyen d'être entendu et pris au sérieux. Il y a enfin les problèmes soulevés par les importants flux migratoires en cours, mais qui nous sembleront cependant, le moment venu, bien minimes par rapport à ceux qu'engendreront les dérèglements climatiques si aucune mesure sérieuse n'est prise mondialement pour y remédier .

 

Depuis que j'ai commencé l'écriture de ce livre (il y a plus de 15 ans), révolté par les dérives de l'économie néolibérale avec les injustices et souffrances qui en résultent, aucune volonté d'améliorer notre quotidien ne s'est manifestée, si ce n'est en promesses jamais tenues. Lorsque, bien qu'ayant un emploi, il devient pourtant de plus en plus difficile de joindre les deux bouts, d'obtenir un logement, ou simplement de se nourrir correctement et d'avoir accès aux soins, c'est à l'évidence que quelque chose ne tourne pas rond ! Le ras-le-bol est général et il est maintenant impératif que la "France d'en bas" puisse enfin faire entendre sa voix. C'est justement ce que j'espère faire avec ce livre, en me faisant le porte-parole des citoyens en colère .

 

Désormais, "la France d'en Bas", ce n'est plus seulement le smicard, le petit retraité, le rmiste, ou le SDF, c'est aussi le commerçant du coin, le pêcheur breton, le petit agriculteur bio, l'auto-entrepreneur ou le patron d'une petite entreprise (oh, bien sûr, pas les patrons de multinationales). Si vous êtes de ceux là, c'est pour vous que j'ai écrit ce livre et c'est à vous que je dois d'avoir pu l'écrire. Car c'est à partir de vos IDÉES, entendues ici et là, qu'il a été conçu. Moi, je me suis simplement appliqué à rendre cohérentes les propositions répondant à des attentes à première vue inconciliables.

 

Les citoyens en sont bien conscients, le modèle actuel néolibéral nous conduit droit à la catastrophe, tant sur le plan social, qu'économique et environnemental. Pourtant, jusqu'à tout récemment, beaucoup semblaient incapables d'envisager d'autres perspectives que les éternels "ça va s'arranger", ou "tout est foutu". Ils sont heureusement maintenant de plus en plus nombreux à se réveiller et à sortir de ce formatage et de cette "victimisation" tant individuels que collectifs. C'est à eux principalement que j'ai voulu m'adresser. Ils trouveront au chapitre 12 diverses suggestions qui pourront, je l'espère, leur fournir les moyens d'être enfin représentés et entendus, pour parvenir à une société plus équitable, plus solidaire, plus humaine et plus respectueuse de la planète.

 

Le reste du livre s'adresse plus globalement à tous ceux qui ne font plus confiance aux politiciens, ni de la pseudo gauche PS, ni de la droite, ni d'ailleurs du centre et qui ne supportent plus pour autant de devoir se résigner à l'abstention, au vote blanc, ou à voter pour le candidat "le moins pire". Ce n'est donc pas un hasard s'il est conçu comme un programme politique.Il apparaît de plus en plus clairement que nous ne pouvons compter sur aucun des partis qui se sont succédé au pouvoir pour améliorer nos conditions de vie et nous sortir d'un modèle de société dont nous ne voulons plus.

 

Aucun d'eux n'envisage de mesures juridiques réellement dissuasives pour lutter contre la corruption de certains des leurs. Aucun non plus n'offre aux citoyens la possibilité d'intervenir dans le débat politique. Le logement social semble être le dernier de leurs soucis, quant à l'emploi, c'est le prétexte utilisé pour consentir toujours plus de cadeau au patronat sans exiger de véritables contreparties. Pourtant, ce sont là les principales attentes des français et l'absence de propositions probablement la cause première des abstentions ou votes blancs sans cesse croissants. Par ce livre, j'ai voulu exprimer la colère quasi générale de ceux à qui on ne donne jamais la parole.

 

Si j'en juge par le succès de mes publications sur les réseaux sociaux, je crois pouvoir affirmer sans complexes que mes propos reflètent très fidèlement ce que pensent les classes dites "moyennes" et "populaires". Aussi, au risque de sembler manquer de modestie, je ne peux me retenir d'exprimer à la fois ma fierté et ma frustration. Fier parce qu'il n'est pas si courant qu'un simple retraité, n'ayant pour seul diplôme qu'un modeste certificat d'études, se fixe pour objectif d'imaginer un nouveau modèle de société. Fier surtout de constater que des vedettes de la vie politique, à qui ça n'avait jamais effleuré l'esprit auparavant, proposent depuis les élections de 2012 des idées très proches de celles développées ici.

 

Je sais que ça peut sembler difficile à croire, c'est pourquoi je tiens à préciser que le contenu de mon livre était visible sur ce site dès le 1er septembre 2010, date d'enregistrement de mon manuscrit à la SGDL, sous le N° 2010-09-008, soit plus d'un an avant que commencent à apparaître leurs propositions. Il est donc indéniable que je n'ai pas pu m'en inspirer, alors que le contraire est loin d'être évident. Sinon, depuis qu'ils sont en politique, s'ils avaient eu plus tôt ce genre d'idées, ils se seraient empressés de les rendre publiques. Les uns et les autres avaient-ils fait auparavant de telles propositions ? Non, à aucun moment ! Les exemples ne manquent pas et il serait impossible de les citer tous.

 

Ces troublantes coïncidences ont commencé dès 2011, avec l'idée de Dominique de Villepin portant sur un "revenu citoyen", puis avec la réforme des collectivités territoriales décidée par Sarkozy. Il y eut ensuite les programmes d'Arnaud Montebourg, (aux primaires socialistes) et de Jean-Luc Mélenchon, dont les ressemblances avec mes propositions sont évidentes, du moins dans l'esprit. Plus récemment, cas les plus flagrants car strictement identiques à ce que je propose, le "Compte Personnel de Formation" (voir "Droit au Congé Formation" au chapitre "Emploi et chômage" ), l'interdiction pour les grandes surfaces de détruire leurs invendus, qui devront être cédés aux associations caritatives ou épiceries sociales (voir fin du chapitre "Social"), ou le projet d'un tarif progressif de l'électricité (voir chapitre "Environnement"), mais qui semblent l'un comme l'autre être passé aux oubliettes comme la plupart des promesses.

 

Frustré, parce que bien sûr leurs bouquins à eux ont été édités, alors que le mien ne l'a évidemment pas été puisque je suis inconnu du grand public. Frustré parce que, citoyen invisible et sans voix comme tant d'autres, il ne m'est même pas permis de m'exprimer dans les médias. Mais sans doute ne faut-il surtout pas donner la parole à un petit citoyen inconnu… Sait-on jamais, des fois que ses idées deviennent un peu trop populaires…

 

Alors, je vous le demande, à ma place, qui ne trouverait pas ça injuste et frustrant ?