Chapitre 12

 

EN FINIR AVEC UN SYSTÈME INCONTRÔLABLE DEVENU FOU

 OSER UN VÉRITABLE CHANGEMENT

 

Le spectacle affligeant que nous offrent les partis existants avec leurs incessantes querelles internes est grotesque et pitoyable. C'est à qui glissera la plus grosse peau de banane sous les pieds de celui qui pourrait prendre la place qu'il convoite. Ces politiciens écœurants et avides de pouvoir ne pensent qu'à une chose, parvenir au poste le plus important. Trop occupés par cette course au pouvoir, ce que veut le peuple n'a à leurs yeux aucune importance et nous ne pouvons compter sur eux.

 

Obtenir un véritable changement passe nécessairement par une réforme en profondeur de la constitution et dans le contexte actuel, il n'existe que deux possibilités pour y parvenir. Soit en s'attaquant frontalement au système donc par la révolution armée (avec le risque d'un probable dérapage vers une guerre civile, ce qui n'amènerait que désolation). Soit de l'intérieur, donc en accédant aux institutions qui ont un pouvoir de décision (Présidence, Gouvernement ou Assemblée Nationale).

 

Dans ce second cas de figure, seules quatre options semblent pouvoir être envisagées. La première serait la création d'un nouveau parti, ce qui demanderait beaucoup de temps avec peu de chances de succès. La seconde option serait de rejoindre l'un des partis opposés au système actuel, au sein duquel nous pourrions jouer le rôle d'un courant de pensée autours des propositions présentées dans ce livre. Je sais que la plupart de ceux à qui je m'adresse sont peu enclins à agir sur ce terrain, mais ce serait pourtant le moyen le plus réaliste d'obtenir à moyen terme les résultats espérés.

 

La troisième option repose sur la stratégie utilisée par Beppe Grillo lors des élections en Italie. Je ne porterai aucun un jugement sur l'homme ou sur son programme, car je n'en sais que ce qu'on bien voulu nous en dire les médias, c'est-à-dire un peu tout et n'importe quoi. Comme chaque fois qu'un programme n'est pas conforme à la pensée unique ou vise à sortir du système, ils l'ont qualifié de populiste, n'avançant que des suppositions en employant le conditionnel. Je ne m'intéresserai donc qu'à la méthode utilisée. Comment Beppe Grillo est-il parvenu à créer une telle surprise (plus de 25% des voix) ?

 

Il a tout simplement fait le tour de son pays convaincre des citoyens réellement représentatifs de la population (salariés, commerçants, agriculteurs, chômeurs, retraités, étudiants et autres citoyens "ordinaires") de désigner parmi eux des gens qui leur ressemblent vraiment pour en faire leurs candidats aux élections. Malheureusement, nous n'avons pas parmi nous un Beppe Grillo qui pourrait faire le tour du pays pour nous mobiliser et nous rassembler. L'utilisation des réseaux sociaux semble dans ce cas incontournable. Vous trouverez en fin de chapitre les liens vers des pages sur le réseau des Colibris et Facebook, sur lesquels je propose quelques idées qui permettraient d'atteindre cet objectif.

 

Bien entendu, cette troisième option (tout comme la précédente) ne concerne que ceux qui adhèrent aux propositions présentées dans ce livre et qui souhaitent se mobiliser pour les faire aboutir. Toutefois être en mesure de présenter des candidats aux élections demande du temps et il ne peut donc s'agir que d'un objectif à long terme (voire à très long terme). Mais, face à l'urgence de la situation (perte de notre souveraineté dans des domaines essentiels, endettement du pays, délocalisations et pertes d'emplois, démantèlement de nos services publics, dégradation constante de notre pouvoir d'achat et de nos conditions de vie, etc.), il est maintenant nécessaire pour l'ensemble des citoyens d'envisager une autre option qui permette de stopper au plus vite les dérives d'un système devenu fou et incontrôlable.

 

Pour cette quatrième option, on peut retourner le problème dans tous les sens, il n'existe d'autre alternative que l'arrivée au pouvoir de l'un des rares mouvements, Front de Gauche ou Front National, qui disent vouloir un changement radical de politique permettant de mettre un terme aux nuisances du système néolibéral. Mon propos n'est pas de prendre position pour l'un ou l'autre, j'essaie simplement d'envisager, avec le recul nécessaire, toutes les hypothèses permettant d'en finir avec le modèle actuel. À chacun, bien sûr, de se forger son opinion et d'agir selon ses convictions. Toutefois, la stratégie du Front National, comme du Front de Gauche, qui consiste à se décrédibiliser et se ridiculiser mutuellement sur les plateaux de télévision, me semble une grossière erreur qui pourrait bien mettre en péril leurs chances de succès. J'y reviendrai au chapitre "Conclusion".

 

Il existe quand même un troisième parti, Europe Écologie Les Verts, qui propose lui aussi un autre modèle de société. Ce parti mériterait beaucoup plus d'intérêt de la part des électeurs, même si je trouve difficilement acceptable d'avoir préféré, lors des élections de 2012, se rapprocher du PS qui ne proposait rien de sérieux en matière d'environnement (pas même sur le nucléaire), plutôt que d'un parti ayant des propositions concrètes dans ce domaine. Que ne ferait-on pas pour quelques portefeuilles ministériels… L'éventualité de l'arrivée au pouvoir du Front de Gauche (auquel ferait bien de se rallier Europe Écologie) ou du Front National, improbable il y a très peu de temps, est devenue tout à fait crédible tant le ras-le-bol est maintenant général. Quelques sceptiques restent encore hésitants, mais ils sont chaque jour plus nombreux à admettre qu'il n'existe aucune autre alternative pour obtenir un changement à brève échéance, car urgent.

 

Bien sûr, qu'il s'agisse du Front de Gauche, du Front National ou d'Europe Écologie, rien ne garantit qu'ils respecteraient leurs engagements plus que ne l'ont fait ceux qui ont gouverné le pays jusqu'à maintenant. Mais ce qui est certain, c'est que ceux qui se sont succédé au pouvoir ces 40 dernières années ne tiendraient pas d'avantage leurs promesses demain qu'ils ne l'ont fait hier ! Alors, que risquons-nous à essayer la nouveauté ? Rappelez-vous ce qui vous a été promis d'élection en élection et regardez où nous en sommes aujourd'hui. Voila pourquoi je suis convaincu que les français sauront en tirer les conclusions qui s'imposent lors des prochains scrutins.

 

La prise de conscience des effets dévastateurs du système et la colère du peuple (pas seulement en France) ont atteint un tel niveau que les citoyens sont prêts désormais à envisager toutes les possibilités, y compris voter pour des partis qui jusqu'à maintenant leur faisaient peur, ou qu'ils ne prenaient pas au sérieux. Pourquoi une telle évolution ? Tout simplement parce que nous sommes arrivé à un point où la peur de l'inconnu reste moins effrayante que la certitude d'un avenir catastrophique et sans espoir.

 

En monopolisant la parole, les partis au service du système ont rendu impossible l'émergence d'idées nouvelles venant du peuple. Les médias eux-mêmes, ne donnant la parole qu'aux ténors politiques, ne nous permettent pas d'avantage de nous exprimer. Lorsque le peuple ne peut se faire entendre, ni de la classe politique, ni des médias, alors tous les moyens possibles peuvent et doivent être utilisés. Quoi qu'il en soit, si vous prenez le temps d'y réfléchir, vous comprendrez que ces quatre options sont les seules possibles pour en finir avec un système qui conduit le monde à sa perte.

 

Une majorité de français se sont depuis trop longtemps résignés à l'abstention ou au vote blanc. C'est en effet un moyen d'indiquer clairement notre refus de l'ensemble de ce qui nous est proposé. Mais c'est également inutile, dans la mesure où cela n'empêche pas la perpétuelle alternance au pouvoir des mêmes partis qui n'ont fait que trahir à la fois le peuple et leurs engagements. Ce n'est donc pas la solution et ce n'est pas par ce moyen que nous parviendrons au changement de société que nous attendons.

 

Quelle que soit la voie que nous choisirons, ce changement est vital, tant pour l'homme que pour la planète. En France, la difficulté n'est pas tant de convaincre de la nécessité d'y parvenir, que de convaincre que c'est POSSIBLE ! Pour sortir de leur résignation et de leur torpeur, les citoyens ont besoin de précédents qui prouvent cette possibilité. L'exemple des italiens (avec le score de Beppe Grillo) nous offre un premier point d'appui pour prouver à ceux qui sont encore hésitants que OUI, c'est POSSIBLE.

 

Mais ce qui s'est passé en Islande est encore bien plus convaincant et bien plus radical. On a beaucoup parlé de ce pays lorsque l'éruption du volcan a contraint une grande partie de l'Europe à suspendre le trafic aérien. En revanche, dans les médias pas un mot ou presque sur un évènement pourtant d'une toute autre ampleur. Dans ce pays surendetté qui risquait de se retrouver dans une situation pire que la Grèce, les citoyens se sont mobilisés en masse. Après avoir contraint l'ensemble du gouvernement à démissionner, ils ont pu obtenir une réforme de la constitution qui permet aux citoyens de participer activement à la vie politique.

 

Ils ont ensuite décidé d'annuler purement et simplement la dette. Résultat, une croissance de 3%, alors que nous frôlons la récession. Mieux encore, contre toute attente, le FMI a salué ces mesures, pourtant aux antipodes de celles qu'il préconise. Depuis, les responsables de cet endettement ont été jugés et envoyés en prison ! Bien sûr, suivre cet exemple en France nécessiterait quelques adaptations pour faire face aux dépenses qui nous obligent à emprunter, puisque nous ne pourrions plus le faire auprès des banques.

 

Cela suppose donc, soit que la BCE puisse prêter directement aux États, contrairement à ce qui se pratique actuellement (la BCE prête aux banques qui prêtent ensuite aux États à des taux plus élevés), soit que nous retrouvions le pouvoir de recourir à la planche à billet, ce qui ne serait possible qu'en sortant de la zone Euro. Mais, même dans ce cas, ça ne serait probablement pas aussi catastrophique qu'on veut nous le faire croire, dans la mesure où les pays européens qui ne sont pas dans la zone Euro s'en sortent généralement mieux que ceux qui en sont membres. Ils en ont les avantages, sans en avoir les inconvénients. Sur cette base, il semble que l'erreur ne serait pas forcément de sortir de la zone Euro, ce fut plutôt d'y être entré…

 

Face aux folies du modèle néolibéral, divers mouvements ont vu le jour et tentent d'agir tant bien que mal pour une société plus humaine et plus respectueuse de la planète. On pourrait citer les Indignés, ATTAC, les Anonymous, le Parti Pirate, les Colibris, ou plus récemment "Nuit Debout" . D'autres se mobilisent sur des domaines plus ciblés. Par exemple, Greenpeace, ceux qui luttent contre le nucléaire, le gaz de schiste, les OGM, le mal logement, la pauvreté et bien d'autres encore. Mais leurs actions ne seront réellement efficaces que si elles s'inscrivent dans le cadre d'une lutte plus générale pour un changement global de société et pour cela elles doivent être collectives. Essayer de fédérer ces nombreux mouvements, serait bien trop long et trop compliqué.

 

C'est pourquoi ce que je propose, c'est seulement que leurs membres prennent l'initiative de se regrouper localement et à titre individuel. Le réseau social des Colibris semble l'outil idéal pour rassembler ceux qui souhaiteraient participer à cette action collective. En effet, il utilise la plateforme "Ning" qui offre la possibilité de créer des groupes de discussions, par exemple locaux ou thématiques. Mais se cantonner à n'agir que sur les réseaux sociaux ne mène nulle part. Il ne faut donc voir dans ces groupes de discussions qu'un moyen d'entrer en contact les uns avec les autres, pour planifier de vraies réunions sur le terrain, former des comités locaux et envisager des actions communes. Concernant ces actions, les possibilités sont quasi illimitées, mais en voici trois exemples simples ne nécessitant pas de gros efforts.

 

Nos soi-disant représentants se soucient peu des manifestations, occupations de lieux divers ou pétitions. Quant aux grèves, le passé a prouvé qu'elles ne peuvent être réellement efficaces que si elles sont générales et illimitées. Pour nos élus, "les chiens aboient et la caravane passe". En revanche, ce qu'ils craignent par-dessus tout, c'est la contre-publicité en période électorale. Lorsque des candidats tiennent des réunions publiques, nous pourrions leur demander de prendre position sur nos propres revendications et publier ensuite leurs réponses avec nos commentaires. À cette occasion, il serait utile de faire aussi un bilan des promesses non tenues durant leurs précédents mandats. Il serait également possible d'intervenir lorsqu'un élu vote un texte ou un budget contraire à l'intérêt général.

 

Concernant les entreprises, pourrait être publié périodiquement un palmarès des pires et des meilleures, notamment sur le plan social et environnemental. Seraient ainsi systématiquement dénoncées celles qui, par exemple, n'hésitent pas à licencier ou délocaliser malgré des bénéfices importants. On pourrait imaginer aussi la diffusion de tracts devant des magasins vendant des produits de certaines marques aux pratiques parfois révoltantes, par exemple celles qui emploient des enfants. Ou encore celles qui en certaines parties du monde font travailler leurs employés dans des conditions insalubres et à des salaires qui en font pratiquement des esclaves. Aux citoyens consommateurs d'en tirer ensuite leurs conclusions.

 

Mon dernier exemple est un objectif plus difficile à atteindre, sans être pour autant d'une difficulté insurmontable. Il consiste à tout mettre en œuvre pour être un jour en mesure d'accéder aux institutions ayant un pouvoir de décision. Il s'agit en effet du seul moyen d'obtenir pacifiquement un véritable changement. Cela implique d'avoir des candidats aux élections porteurs d'un programme élaboré par des citoyens réellement représentatifs de la population et désignés parmi eux. Action Citoyens Solidaires (pas plus que les autres mouvements cités) n'a vocation à devenir un parti politique de plus. C'est avant tout le nom que j'ai donné à l'ensemble de propositions que vous avez pu découvrir. Mais cela n'empêche pas pour autant les candidats qui le souhaiteraient d'inclure dans leurs programmes les propositions qui leur sembleraient pertinentes.

 

Pour les exemples d'actions que nous venons de voir, tout repose sur la communication. À défaut de pouvoir compter sur les médias, le déploiement et la diversification de nos propres médias sont incontournables. Pour ceux qui pensent possible et utile d'utiliser ces moyens d'actions (parmi d'autres éventuellement), il doit donc s'agir d'un objectif prioritaire. Il est probable qu'il faudrait, dans un premier temps, se contenter de la diffusion de tracts, d'affichage, de blogs et pages sur les réseaux sociaux. Mais plus tard, rien n'interdit d'imaginer un webmagazine, ou même une webradio ou une webtélé.

Lorsque ceux qui sont censés incarner le contrepouvoir (partis d'opposition, syndicats, médias…) n'assument plus leur rôle, alors les citoyens ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour le faire et ils en ont le devoir. Ces actions permettraient d'y contribuer !

 

Quelques liens utiles :

 

- Notre page d'accueil sur le réseau des Colibris

- Ma page sur le réseau des Colibris

- La page ACS sur Facebook