Chapitre 12

 

EN FINIR AVEC UN SYSTÈME INCONTRÔLABLE DEVENU FOU

 OSER UN VÉRITABLE CHANGEMENT

 

Le spectacle affligeant que nous offrent les partis existants avec leurs incessantes querelles internes est grotesque et pitoyable. C'est à qui glissera la plus grosse peau de banane sous les pieds de celui qui pourrait prendre la place qu'il convoite. Ces politiciens écœurants et avides de pouvoir ne pensent qu'à une chose, parvenir au poste le plus important. Trop occupés par cette course au pouvoir, ce que veut le peuple n'a à leurs yeux aucune importance et nous ne pouvons compter sur eux.

 

Obtenir un véritable changement passe nécessairement par une réforme en profondeur de la constitution et dans le contexte actuel, il n'existe que deux possibilités pour y parvenir. Soit en s'attaquant frontalement au système donc par la révolution armée (avec le risque d'un probable dérapage vers une guerre civile, ce qui n'amènerait que désolation). Soit de l'intérieur, donc en accédant aux institutions qui ont un pouvoir de décision (Présidence, Gouvernement ou Assemblée Nationale).

 

Dans ce second cas de figure, seules deux options semblent pouvoir être envisagées. La première serait de rejoindre l'un des partis opposés au système actuel, au sein duquel nous pourrions jouer le rôle d'un courant de pensée autours de nos propres propositions. Mais je sais que la plupart de ceux à qui je m'adresse sont peu enclins à agir sur ce terrain. La seconde option repose sur la stratégie utilisée par Beppe Grillo en Italie.

 

Je ne porte aucun un jugement sur l'homme ou sur son programme, car je n'en sais que ce qu'on bien voulu nous en dire les médias, c'est-à-dire un peu tout et n'importe quoi. Je ne m'intéresserai donc qu'à la méthode utilisée. Comment Beppe Grillo est-il parvenu à créer une telle surprise (plus de 25% des voix) ? Il a tout simplement convaincu des citoyens réellement représentatifs de la population (salariés, commerçants, agriculteurs, chômeurs, retraités, étudiants...) de désigner leurs propres candidats aux élections.

 

Nous n'avons malheureusement pas parmi nous un Beppe Grillo qui pourrait faire le tour du pays pour nous mobiliser et nous rassembler, mais le succès des Gilets Jaunes pourrait constituer une chance et une opportunité. Toutefois un obstacle subsiste, les Gilets Jaunes étant très divisés, tant sur leurs revendications que sur les suites à donner au mouvement, certains voulant rester totalement apolitiques, alors que d'autres souhaitent présenter des candidats aux élections, comme l'avait fait Beppe Grillo. Si nous ne voulons pas réduire à néant l'énorme espoir qui était né de ce mouvement, il est impératif que ces différents courants se concertent pour trouver un accord. J'invite donc chacun à dialoguer et je vous soumets quelques pistes de réflexion.

 

Concernant tout d'abord ceux qui pensent préférable de rester totalement "apolitiques". Je peux comprendre cette position, car après tant de trahisons, corruptions et magouilles qui n'ont cessé de se multiplier, il est devenu bien difficile de faire confiance à qui que ce soit, y compris pour choisir ceux qui pourraient représenter notre mouvement. Pourtant, il faut bien être conscient que, dès lors que nous émettons un avis sur tel ou tel sujet, que nous contestons telle ou telle mesure ou revendiquons telle ou telle autre et à plus forte raison lorsque nous nous impliquons directement sur le terrain (comme les Gilets Jaunes), nous faisons déjà de la politique… Chacun de nous fait en permanence de la politique sans même en avoir conscience. Heureusement d'ailleurs, car ne pas le faire reviendrait à se désintéresser de notre avenir et de celui de nous enfants.

 

Bien sûr, rien ne garantit que ceux que nous choisirions pour être les candidats des Gilets Jaunes ne nous trahiraient pas eux aussi une fois élus. Mais pensez-vous sérieusement que nous aurions plus de chances d'obtenir les changements que nous attendons depuis si longtemps en continuant de voter pour ceux qui se sont succédés au pouvoir, ou en nous abstenant (ce qui conduit au même résultat) ? Ne serait-il pas plus raisonnable de sélectionner nous-mêmes NOS propres candidats issus, comme nous, des actions que nous avons mené ensemble ?

 

Si nous refusons cette option, alors nous devrons rester sur le terrain pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Mais dans ce cas, il faudra aussi imaginer d'autres moyens d'action, car le mécontentement qui résulte des blocages propagera une image de plus en plus négative du mouvement, enterrant ainsi définitivement tous nos efforts et tout espoir de pouvoir recommencer avec la moindre chance de succès et de soutiens. Au mieux, ce que nous pourrions espérer dans ce cas, c'est ce qui s'est toujours produit depuis mai 1968. On nous proposera une négociation du genre "Grenelle" de 1968, ou de nos jours un "Grand Débat National", à l'issu duquel (pour nous désolidariser) on nous accordera quelques miettes qu'on nous reprendra ensuite petit à petit, jusqu'à ce que, comme aujourd'hui, nous soyons obligé de reprendre les actions de terrain, lorsque nous aurons tout perdu.

 

Voyons maintenant ce qu'il en est de ceux qui veulent s'organiser en parti, ou simplement présenter des candidats aux élections. Si c'est pour vous autoproclamer chef d'un parti ou pour choisir vous-même les candidats et le programme, ce serait d'avance voué à l'échec, car les autres leaders préfèreront continuer de défendre chacun de leur côté leurs propres choix, ces divisions réduisant à néant toute chance de réussite.

 

La solution la plus démocratique serait que chaque groupe sur chaque rond-point ou village établisse une liste de propositions et revendications qui seraient ensuite présentées au niveau départemental, soit par l'intermédiaire d'un site Internet, soit en réunion des délégués de chaque groupe (dont ils ne seraient que les porte-parole). Seraient alors adoptées les propositions et revendications communes à toutes les listes. Il en serait de même au niveau national et ce sont ces propositions et revendications qui constitueraient le programme pour les élections. Les candidats qui en seraient porteurs lors des élections législatives seraient désignés par l'ensemble des Gilets Jaunes du département et pour les élections présidentielles ou européennes, par l'ensemble des Gilets Jaunes à l'échelon national.

 

Mais pour que cette façon de procéder puisse être mise en place, il faut que les différentes tendances acceptent un statut commun et participent conjointement à la mise en place des moyens nécessaires. Quoi qu'il en soit, si nous refusons que tout ce qu'ont fait les Gilets Jaunes ne permette d'obtenir plus que l'annulation de la hausse d'une taxe carbone et de la CSG, si nous refusons de voir s'effriter et disparaitre ce mouvement, la seule solution est d'avoir en nombre suffisant NOS propres représentants à l'Assemblée Nationale (et idéalement dans les Mairies, Conseils Départementaux et Régionaux). Ainsi, nous pourrions présenter nos propres propositions et surtout bloquer celles que nous refusons.

 

Ce n'est qu'ainsi que nous pourrions lutter efficacement contre les nuisances du système néolibéral dont le seul but est d'enrichir toujours plus les plus riches en appauvrissant toujours plus les plus pauvres. Que vous ne vouliez pas être représentés par des leaders autoproclamés que vous n'auriez pas choisis, ça peut se comprendre. Mais si vous refusez également l'idée de candidats des Gilets Jaunes désignés par vous-même (et qui sont pourtant des citoyens issus des mêmes milieux que vous et qui ont participé à vos côtés aux actions de terrain), alors c'est que vous préférez continuer de confier votre destin à des élus de partis qui n'ont cessé de nous trahir depuis toujours. Si nous voulons pouvoir profiter du succès historique de ce mouvement pour obtenir durablement de véritables changements, pour une société plus équitable, plus solidaire et plus humaine, il est essentiel de trouver un terrain d'entente qui permettrait de présenter des candidats Gilets Jaunes (auxquels il faudra d'ailleurs trouver un autre nom, Florian Philippot ayant déposé ce nom auprès de l'INPI…).

 

Si nous n'y parvenions pas, nous continuerions alors d'assister à ce qui se reproduit perpétuellement depuis des décennies, à savoir qu'aux prochaines présidentielles et législatives le gagnant sera un parti dont ne voulons pas et qui sera remplacé cinq ans plus tard par un autre parti dont ne voulons pas davantage. Car il ne resterait alors que les deux alternatives habituelles qui conduiraient au même résultat que par le passé : Soit le vote pour des partis n'ayant jamais gouverné mais qui n'auraient aucune chance de gagner au second tour (FI ou RN), ou un autre qui lui n'aurait même pas la chance d'accéder au second tour (EELV). Soit l'abstention ou le vote blanc qui, bien qu'étant largement majoritaires, n'ont jamais pu empêcher cette perpétuelle alternance au pouvoir des partis au service d'un système dont nous ne voulons plus (LR, PS, auquel s'ajoute maintenant LREM).

 

Voyons tout d'abord, parmi ceux qui n'ont jamais gouverné, ce qu'il en est des deux les mieux placés et qui disent vouloir un changement radical de politique, France Insoumise et Rassemblement National. Mon propos n'est pas de prendre position pour l'un ou l'autre, j'essaie simplement d'envisager, avec le recul nécessaire, toutes les hypothèses permettant d'en finir avec le modèle actuel. À chacun, bien sûr, de se forger son opinion et d'agir selon ses convictions. Toutefois, leur stratégie qui consiste à se décrédibiliser mutuellement sur les plateaux de télévision, me semble une grossière erreur qui ne peut que mettre en péril leurs chances de succès. J'y reviendrai au chapitre "Conclusion".

 

En ce qui concerne Europe Écologie Les Verts, qui propose aussi un autre modèle de société, il mériterait beaucoup plus d'intérêt, car nous nous apercevrons probablement trop tard à quel point notre environnement est essentiel. Malheureusement, refuser toute alliance avec d'autres partis ayant les mêmes objectifs est une erreur de stratégie qui limite considérablement ses chances, d'autant qu'il est difficilement acceptable d'avoir préféré, lors des élections de 2012, se rapprocher du PS qui ne proposait rien de sérieux en matière d'environnement, plutôt que d'un parti ayant des propositions concrètes dans ce domaine. Que ne ferait-on pas pour quelques portefeuilles ministériels…

 

Voyons maintenant ce qu'il en est des français qui se sont depuis longtemps résignés à l'abstention ou au vote blanc. C'est en effet un moyen d'indiquer clairement notre refus de l'ensemble de ce qui nous est proposé. Mais c'est également inutile, dans la mesure où, comme je l'ai déjà évoqué plus haut, cela n'empêche pas la perpétuelle alternance au pouvoir des mêmes partis qui n'ont fait que trahir à la fois le peuple et leurs engagements. Ce n'est donc pas la solution et ce n'est pas par ce moyen que nous parviendrons au changement de société que nous attendons.

 

En quoi un programme Gilets Jaunes aurait-il plus de chances de gagner ? Ce qui fait la singularité de ce mouvement c'est que, outre ceux qui se disent totalement apolitiques, il réunit des sympathisants de toutes tendances, dont principalement du Rassemblement National et de la France Insoumise. Mais, contrairement à certains fanatiques de ces partis, eux ont été capables de dialoguer et ont ainsi pu trouver des points de convergence sur certaines de leurs attentes et revendications. Un programme reposant sur ces points de convergence aurait donc bien plus de chances de gagner au second tour, car les sympathisants des uns et des autres n'hésiteraient alors pas à voter pour les candidats Gilets Jaunes, contrairement au Rassemblement National ou à la France Insoumise qui, individuellement, réuniraient contre eux au second tour tout le reste de l'électorat, comme ça a toujours été le cas.

 

La prise de conscience des effets dévastateurs du système et la colère du peuple (pas seulement en France) ont atteint un tel niveau que les citoyens sont prêts désormais à envisager toutes les possibilités, y compris voter pour des citoyens jusqu'alors inconnus du grand public et n'appartenant pas à la classe politique. Pourquoi une telle évolution ? Tout simplement parce que nous sommes arrivé à un point où le risque de l'inconnu sera toujours préférable à la certitude d'un avenir catastrophique et sans espoir.

 

En monopolisant la parole, les partis au service du système avaient rendu impossible l'émergence d'idées nouvelles venant du peuple. Les médias eux-mêmes, ne donnant la parole qu'aux ténors politiques, ne nous permettaient pas d'avantage de nous exprimer. Les Gilets Jaunes ont vaincu cet obstacle. En France, la difficulté n'est pas tant de convaincre de la nécessité que le peuple puisse se faire entendre, que de convaincre que c'est POSSIBLE. Comme l'a prouvé le succès fulgurant des Gilets Jaunes, nous savons maintenant que OUI, c'est POSSIBLE !

 

Quelle que soit la voie que nous choisirons pour la suite, gardons à l'esprit qu'un changement radical de société est vital tant pour l'homme que pour la planète. Mais pour un véritable changement, profond et durable, en finir avec la dette de la France est une étape incontournable. C'est pourquoi je pense que nous devrions nous inspirer de ce qui s'est passé en Islande. On a beaucoup parlé de ce pays lorsque l'éruption du volcan a contraint une grande partie de l'Europe à suspendre le trafic aérien. En revanche, dans les médias pas un mot ou presque sur un évènement pourtant d'une toute autre ampleur.

 

Dans ce pays surendetté qui risquait de se retrouver dans une situation pire que la Grèce, les citoyens se sont mobilisés en masse. Après avoir contraint l'ensemble du gouvernement à démissionner, ils ont pu obtenir une réforme de la constitution qui permet aux citoyens de participer activement à la vie politique. Ils ont ensuite décidé d'annuler purement et simplement la dette. Résultat, une croissance de 3%, alors que nous frôlons la récession. Mieux encore, contre toute attente, le FMI a salué ces mesures, pourtant aux antipodes de celles qu’il préconise. Depuis, les responsables de cet endettement ont été jugés et envoyés en prison !

 

Bien sûr, suivre cet exemple en France nécessiterait quelques adaptations pour faire face aux dépenses qui nous obligent à emprunter, puisque nous ne pourrions plus le faire auprès des banques. Cela suppose donc, soit que la BCE puisse prêter directement aux États, contrairement à ce qui se pratique actuellement (la BCE prête aux banques qui prêtent ensuite aux États à des taux plus élevés), soit que nous retrouvions le pouvoir de recourir à la planche à billet, ce qui ne serait possible qu'en sortant de la zone Euro.

 

Mais, même dans ce cas, ça ne serait probablement pas aussi catastrophique qu'on veut nous le faire croire, dans la mesure où les pays européens qui ne sont pas dans la zone Euro s'en sortent généralement mieux que ceux qui en sont membres. Ils en ont les avantages, sans en avoir les inconvénients. Sur cette base, il semble que l'erreur ne serait pas forcément de sortir de la zone Euro, ce fut plutôt d'y être entré...


 

Quelques liens utiles :

 

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