Chapitre 11

 

LA POLITIQUE INTERNATIONALE DE LA FRANCE

 

 

La politique internationale étant directement conditionnée par le contexte du moment, je crois inutile d'en aborder ici tous les aspects, ce qui est vrai aujourd'hui ne l'étant plus forcément demain. Toutefois, trois sujets me semblent devoir être traités car incontournables dans le présent programme. Il s'agit de l'Europe, de l'aide aux pays pauvres et du moyen d'étendre le plus largement possible le nouveau modèle proposé.

 

 

L'EUROPE : Lorsqu'il a été question de construire l'Europe, j'y ai vu l'espoir d'une puissance économique et financière ayant la capacité de s'opposer tant au modèle communiste de l'URSS qu'au modèle capitaliste made in USA. Lors du premier référendum, j'ai donc voté favorablement et avec enthousiasme. Au lieu de ce que j'espérais (et je sais que je n'étais pas le seul), que nous a-t-on construit ? Une Europe des marchands qui, loin de faire bloc contre le modèle américain (l'URSS ayant disparu), n'a eu de cesse de copier ce modèle dans ce qu'il a de pire. Aucun espoir d'Europe sociale, juste une Europe du grand capital, dans laquelle l'homme n'est qu'un outil de production et d'enrichissement.

 

Plus récemment, le Président Sarkozy, abusant de son pouvoir, a fait adopter par le parlement un traité de constitution pourtant rejeté précédemment par le peuple (sans parler du pacte de stabilité). C'est non seulement un abus de pouvoir, mais aussi une insulte faite au peuple et la marque d'un profond mépris envers les citoyens. Si ce traité a de bonnes raison de faire le bonheur des intérêts mercantiles ultralibéraux, en revanche toujours rien qui permettrait d'espérer quelque amélioration pour ceux qui un peu partout en Europe ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Tout cela donne une impression malsaine de magouilles au plus haut niveau.

 

Une Europe qui fixe des contraintes là où nous n'en voudrions pas, mais qui n'en fixe pas là où il faudrait (je pense principalement aux OGM). Une Europe pour laquelle nous avons même dû renoncer à notre droit de battre monnaie, nous mettant ainsi à la merci de la BCE et des banques privées. Est-ce vraiment ce que nous en attendions ? Assurément NON ! Cette Europe n'apporte d'amélioration qu'à quelques privilégiés qui ont déjà tout. En revanche, elle n'apporte rien au plus grand nombre de ses citoyens. Il faudra donc infléchir la politique européenne vers plus de social, ce qui ne sera pas chose facile. Pour obtenir quelques avancées il nous faudra user de toute notre influence et de tous les moyens de pression dont nous disposons.

 

Le seul espoir que nous puissions avoir est que d'autres pays d'Europe, voient arriver en politique des gens qui voudraient eux aussi aller vers plus d'humanisme, permettant ainsi un changement de majorité à Bruxelles. Nous devrons alors favoriser l'émergence de tels mouvements à l'étranger et leur apporter tout notre soutien. C'est la seule possibilité de parvenir à une véritable amélioration, faute de quoi l'Europe deviendrait pour nous un véritable boulet.  Il y a en particulier deux points sur lesquels nous devrons impérativement obtenir satisfaction, faute de quoi il serait alors justifié d'envisager une sortie, sinon de l'Europe, du moins de la zone euro et d'organiser pour cela un nouveau référendum. Sortir de l'Europe ou de la zone euro serait peut-être lourd de conséquences, mais si en rester membre est encore pire, alors parfois de deux maux il faut savoir choisir le moindre. Cela, c'est au peuple d'en décider.

Le premier point est que chaque État soit totalement libre de fixer ses propres règles en matière de protection sociale, santé, sécurité alimentaire, sanitaire et phytosanitaire et protection de l'environnement. Le second concerne la Banque Centrale Européenne (actuellement indépendante) qui devra être placée sous l'autorité du Parlement Européen et pouvoir prêter directement aux États, contrairement à ce qui se pratique actuellement (la BCE prête aux banques qui prêtent ensuite aux États à des taux parfois beaucoup plus élevés).

 

 

L'AIDE AUX PAYS PAUVRES : Chaque année, nous consacrons à l'aide aux pays pauvres autour de huit à neuf milliards d'euros. Ne nous y trompons pas, ce n'est évidemment pas par pure charité, mais plutôt pour permettre à certaines de nos plus grosses entreprises de s'approprier à vil prix les richesses naturelles de ces pays. Le plus souvent ces aides finissent dans la poche de dirigeants corrompus et ne profitent pas aux populations qui continuent de manquer de tout. Pour y remédier, les aides doivent prendre une forme matérielle, par exemple, comme nous avons vu au chapitre précédent, création d'hôpitaux, d'écoles, d'infrastructures de distribution d'eau potable et d'énergie, ou encore denrées alimentaires et médicaments.

 

Toutefois, maintenir sous perfusion ces pays n'est pas la solution. Si la plupart d'entre eux sont dépendants de nos aides, c'est le plus souvent parce que les pays riches leur ont consenti des prêts à des taux tels que beaucoup ne parviennent même pas à en payer les seuls intérêts. C'est dire s'ils sont loin de pouvoir en rembourser le capital. C'était précisément le but poursuivi par ceux qui ont consenti ces prêts, pouvoir comme je l'ai dit exploiter à vil prix les ressources naturelles. S'ils pouvaient exploiter eux-mêmes leurs ressources, ces pays dits "pauvres" seraient en réalité plus riches que nous. La vraie solution, celle en tout cas qui aurait le mérite d'être honnête, est d'annuler purement et simplement la dette. Depuis les nombreuses décennies qu'ils y consacrent l'essentiel de leurs budgets, ce ne serait après tout que justice. C'est ce que nous devons faire au niveau français, mais pour être réellement efficace, il faut aussi que ce soit fait au niveau international.

 

 

ÉTENDRE NOTRE NOUVEAU MODÈLE DE SOCIÉTÉ : Il n'aura échappé à personne que l'élément clé en est son volet économique. Pour que ce modèle puisse s'imposer durablement, il est nécessaire d'y rallier d'abord nos partenaires européens. Il faudra ensuite faire en sorte qu'il soit également adopté par le plus grand nombre de pays possible dans le reste du monde. Sa réussite repose donc sur notre capacité à l'exporter. Comme je l'ai déjà dit, il serait vain, voire dangereux pour ceux qui s'y risqueraient, de s'attaquer de front au système capitaliste. Il faut alors le faire de façon progressive, un peu comme un parfum d'ambiance finit petit à petit par chasser les mauvaises odeurs. Notre cheval de Troie pour y parvenir est représenté par les coopératives et sociétés citoyennes évoquées au chapitre économie.

 

Pourquoi ce seul élément est-il si déterminant ? Outre les conditions que j'avais mentionnées pour que ces entreprises puissent bénéficier des financements et avantages qui leur sont réservés, elles auront l'obligation de produire des appareils plus économes en énergie (classes A et B uniquement) et des biens plus durables. Actuellement, les biens d'équipement, électroménager, automobile, ou autres, sont étudiés pour avoir une durée de vie limitée, afin de pouvoir vous en vendre d'autres rapidement (c'est ce qu'on appelle l'obsolescence programmée). Certes, en consommant toujours plus nous créons des emplois, mais de plus en plus mal payés et nous appauvrissons également les ressources naturelles de la planète. Ainsi, ce système ne profite finalement qu'à une minorité d'industriels fortunés et à leurs actionnaires.

 

Dans l'économie de marché, face à la concurrence, l'argument de vente principal est le prix. Avec les coopératives et sociétés citoyennes, l'argument de vente serait une durée de vie du produit plus longue à prix égal (voire inférieur). L'allongement de la durée de vie d'un bien d'équipement permet d'en changer moins souvent et ainsi d'économiser les matières premières. C'est aussi moins de besoins en énergie pour produire et de ce fait moins de pollution. C'est encore moins d'heures de travail (donc moins de stress et de fatigue et plus de loisirs). C'est enfin une diminution des dépenses pour les familles.

 

Comment tout cela serait-il possible ? Les membres de ces coopératives ou sociétés en sont pour partie les salariés et il n'y a plus d'actionnaires à rémunérer. Nous pouvons alors proposer des produits de qualité supérieure moins chers que ceux de moindre qualité. Certains penseront : "mais si nous travaillons moins, nous serons moins payés". C'est faux, pour les mêmes raisons, car les salariés étant "propriétaires" de l'entreprise, ils s'en partagent les bénéfices. Non seulement ils ne sont pas moins payés, mais au contraire ils le sont mieux (tout en dépensant moins pour l'achat de leurs propres biens).

 

De quelle manière ce modèle pourrait-il s'imposer ? Sur le plan de la concurrence, le rapport prix/durabilité du produit étant largement supérieur, il est évident que nous gagnerions rapidement d'importantes parts de marché. Ainsi petit à petit ce concept s'imposerait-il comme incontournable. Disparaîtraient alors progressivement les entreprises issues de la société de consommation et de l'économie de marché, remplacées par celles dont la finalité ne serait plus le profit maximum, mais l'intérêt collectif et des pratiques plus humaines et respectueuses de l'environnement.

 

L'appellation "nouveau modèle de société" prend ici tout son sens. Tout d'abord grâce à une planète préservée, harmonieuse et agréable à vivre. Mais aussi parce que, à terme, nous ne serions plus obligés de consommer toujours plus pour créer des emplois. Nous ne travaillerions alors que le temps nécessaire à produire les biens dont nous avons besoin. Autant dire que le temps consacré aux loisirs serait considérablement augmenté. Cela implique nécessairement un nouveau modèle économique qui le rendrait possible. Un modèle dans lequel les revenus ne seraient plus dépendants de facteurs tels que capacité de production ou croissance, mais dans lequel un revenu garantissant l'accès à l'essentiel serait un droit fondamental pour chaque être humain. Chacun devrait alors pouvoir travailler autant qu'il le souhaite lorsque ses besoins sont élevés ou travailler le temps minimum lorsqu'il choisit de se satisfaire de l'essentiel.

 

Ce n'est qu'ainsi que pourra s'amorcer en douceur une nécessaire décroissance, sans bouleverser trop brutalement nos habitudes. Bien entendu, cela ne peut se faire en un an, pas même en dix, ne serait-ce qu'à cause du temps qu'il faut pour réunir les moyens de financement nécessaires ou pour faire évoluer les mentalités. De plus, pour que ce système soit viable, il faut qu'il soit adopté largement ailleurs dans le monde. Tout cela demande nécessairement beaucoup de temps C'est donc en décennies, voire sur le reste du siècle que nous devons raisonner. Mais convenez que l'idée est séduisante car nous y gagnerions tous et sur tous les plans. C'est en tout cas un modèle bien plus enviable que celui dans lequel nous sommes contraints de vivre et qui devient chaque jour de plus en plus injuste et inhumain.

  

Je pense que ce nouveau modèle rencontrerait un écho favorable dans les pays du Sud dits "pauvres". En revanche, les pays industrialisés ne manqueraient probablement pas de dresser toutes sortes d'obstacles pour empêcher d'y parvenir. Si leur mauvaise volonté conduisait à rendre impossible les actions que nous venons de voir, il conviendrait alors de s'interroger sur l'opportunité de notre présence au sein d'organisations telles que l'Europe, l'OMC, l'OCDE, le FMI et autres, dont la seule finalité est de renforcer le pouvoir des lobbys industriels, économiques et financiers.

 

Ce serait alors au peuple de se prononcer par référendum. D'ailleurs, ne serait-il pas plus judicieux de conclure des partenariats avec des pays qui nous seraient complémentaires, puisque disposant des matières premières dont nous avons besoin (pays du sud), plutôt qu'avec nos partenaires actuels qui sont nos concurrents directs ?