Chapitre 3

 

LA PROTECTION DE L'ENVIRONNEMENT

LA LUTTE CONTRE LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

LE DÉVELOPPEMENT DES ÉNERGIES RENOUVELABLES

 

 

La lutte contre le réchauffement climatique, la protection de l'environnement et l'indépendance énergétique sont des sujets bien trop sérieux et graves pour en laisser la responsabilité aux seuls politiciens. Ils doivent tenir compte de trop de facteurs sans rapport direct avec les menaces qui nous guettent et sont de ce fait trop vulnérables aux pressions, tant du monde économique que des électeurs. Or, s'il est un domaine qui ne supporte pas la politique de l'autruche, c'est bien l'environnement.

 

La protection de l'environnement ne se cantonne plus à la sauvegarde de quelques beaux paysages ou de jolies forêts, c'est désormais de notre survie dont il s'agit. C'est à nous, collectivement, de dire si nous choisissons de continuer à vivre, ou si nous décidons, pour des considérations bassement économiques, que nous ou nos enfants n'avons d'autre choix que disparaître dans des circonstances effrayantes. Celles-ci conduiront immanquablement à la multiplication d'émeutes de la faim et même de guerres pour des ressources en eau devenues trop rares.

 

Pour en décider et éviter le pire, nous devons nous en remettre aux seuls qui soient réellement qualifiés, les scientifiques. Le Grenelle de l'environnement et le protocole de Kyoto pouvaient laisser espérer une prise de conscience. Mais tout repose uniquement sur la négociation et le compromis. C'est très insuffisant si l'on considère l'ampleur du danger et son imminence. Le sommet de Copenhague a démontré que, même sur des sujets aussi vitaux, le profit et l'avidité mercantile priment sur la raison ! La preuve est ainsi faite que le monde et l'humanité dépendent d'une poignée d'irresponsables !!!

 

Je peux comprendre que les politiciens aient à cœur de préserver les intérêts nationaux. Mais la nature, par définition, ignore les notions de négociation, de compromis ou de consensus et pendant que nous perdons un temps précieux en palabres inutiles, elle se prépare à nous mettre tous d'accord en nous imposant sa loi implacable. Il y a donc urgence à agir sans tenir compte d'autres paramètres que la nécessité d'une action immédiate. N'attendons pas que ce jour arrive, il serait alors trop tard !

 

Le climat étant incapable de se plier aux impératifs économiques de notre société, c'est nécessairement notre société qui doit se plier sans délai aux réalités et exigences de la nature. À quoi nous servira d'avoir su préserver nos intérêts économiques, s'il n'y a plus sur terre de quoi nous nourrir, ni la moindre goutte d'eau et plus aucun survivant ? Qu'aurons-nous gagné à préserver nos emplois et nos conditions de vie si cette vie même a disparue ? Le problème est aussi simple que ça et le seul choix que nous ayons se résume simplement à : voulons-nous vivre ou mourir ?

 

Contrairement aux apparences, mon propos ne se veut pas alarmiste, car il est encore temps d'agir. Le mauvais reflexe serait justement de voir dans cette menace une inévitable catastrophe. Bien au contraire, si nous faisons ce qu'il faut, la nature nous offre là une extraordinaire opportunité d'inventer un nouveau modèle de société, de développer de nouvelles filières, de nouveaux marchés, de nouveaux métiers et surtout de nouveaux emplois non délocalisables.

 

Il existe également d'autres dangers auxquels les politiciens sont dans l'incapacité de faire face, trop d'intérêts économiques en jeu altérant leur jugement. Sont ainsi concernés la pollution des eaux (comme d'ailleurs toutes les formes de pollution), ainsi que la sécurité sanitaire et phytosanitaire. Je pense bien entendu aux OGM, dont on ne peut dire avec certitude s'ils sont ou non dangereux pour l'homme. Mais ce qui est déjà certain, c'est que les OGM n'ont rien d'inoffensif pour les cultures des champs alentours. Je pense aussi aux pesticides, dont l'utilisation continue d'être autorisée, en dépit cette fois d'une dangerosité connue, ce qui est encore bien pire.

 

C'est irresponsable, au même titre que si on autorisait les automobilistes à rouler sans permis (ou sous l'emprise de l'alcool), sous prétexte que ce sont aussi des électeurs qu'il faut ménager si on veut recueillir leurs voix, ou que la rentabilité du secteur automobile est plus importante que la sécurité. Je trouve pour le moins singulier qu'on applique une tolérance zéro pour les risques liés à l'automobile et qu'on se montre en revanche si conciliant pour des risques bien plus graves.

 

C'est pour écarter les politiciens d'une charge qu'ils ne peuvent assumer avec la sérénité, le recul, ni les compétences nécessaires que devra être créé un "Conseil Supérieur de l'Environnement et de l'Énergie" (CSEE), composé de professionnels. De plus, en ce domaine, une continuité dans l'action est nécessaire. Or, actuellement, une orientation décidée par un gouvernement peut très bien être abandonnée par le suivant. Seule la création d'une telle institution pourrait assurer cette continuité.

 

Ce conseil supérieur devra être totalement indépendant du pouvoir, autonome et avoir la possibilité de soumettre des textes législatifs, soit à l'Assemblée Nationale, soit au peuple par voie de référendum. Il disposera, au sein de toutes les administrations (qu'elles soient nationales ou locales), de délégués auxquels devront être soumises toutes décisions pouvant avoir un impact environnemental. Le CSEE sera chargé des études et recherches dans les secteurs relevant de sa compétence. Il sera constitué de scientifiques de très haut niveau, ou de personnalités connues pour leur implication dans le domaine de l'environnement, délégués par chacun des services qui suivent :

 

- Centre National des études Climatiques : Ce service sera chargé des études sur l'évolution du climat. Il pourra soumettre au conseil supérieur tout projet de loi qu'il jugerait nécessaire.

 

- Centre National d'Étude et Sauvegarde de la Biodiversité : Cet organisme sera chargé de tenir un état des lieux permanent de la faune et de la flore et prendra toutes les mesures nécessaires à la sauvegarde des espèces. Il veillera à la protection ou à la réintroduction d'espèces menacées, pourtant indispensables, je pense par exemple aux abeilles (nécessaires à la pollinisation).

 

- Agence Nationale de Maitrise de l'Énergie : Ce service fixera les règles en matière de production et de distribution d'énergie. Il sera doté de deux centres de recherches consacrés aux énergies propres, l'un pour les usages domestiques et l'autre pour les applications automobiles. Ces centres devront disposer d'équipements de pointe au coût malheureusement élevé. Mais, précurseurs sur ces secteurs, nous aurions un avantage certain, tant en matière de retombées économiques que d'emploi, qui justifierait pleinement cet investissement.

 

- Agence Nationale de l'Air et de l'Eau : Comme son nom l'indique, l'ANAE sera chargée de veiller à la qualité de l'air et de l'eau. Il n'est pas acceptable qu'aujourd'hui encore, des eaux usées puissent être déversées en milieu naturel sans avoir été préalablement traitées. Tout aussi intolérable, le fait que l'azote, les nitrates et phosphates provenant des exploitations agricoles continuent de souiller nappes phréatiques, rivières, fleuves, mers et océans.

 

- Agence Nationale de Sûreté Nucléaire : Le nucléaire étant appelé à disparaître, cette agence ne fonctionnera que le temps d'en sortir définitivement.

 

- Agence Nationale du Patrimoine Paysager et de l'Aménagement du Territoire : Cet organisme sera chargé de veiller à la protection des paysages. Toutes constructions (immobilières, routes, voies ferrées, ou autres infrastructures), devront être soumises à son autorisation. L'agence reprendra donc les attributions des services d'urbanismes et des délégations devront être présentes dans toute administration, nationale ou locale.

 

- Agence Nationale de Valorisation des Déchets : Cette agence sera chargée de réorienter la politique de gestion des déchets vers leur valorisation et leur recyclage systématique. Comme nous le verrons plus loin, la plupart de nos déchets ménagers peuvent être réutilisés pour produire, par exemple, de l'énergie ou du compost. Pour les déchets qui peuvent être ainsi recyclés ou valorisés, cette possibilité devra devenir une obligation.

 

N'étant pas scientifique moi-même, je ne suis pas compétent pour dire ce qu'il conviendrait de faire en matière de lutte contre le réchauffement climatique, de biodiversité, d'énergie ou de traitement des déchets. Comme j'ai eu l'occasion de le dire, il faut laisser aux spécialistes le choix des mesures à proposer. Toutefois, il en est qui me semblent ne relever que du simple bon sens. Vouloir toutes les décrire nécessiterait un autre livre spécifiquement consacré au sujet. Je me limiterai donc à en citer quelques unes parmi celles qui s'imposent comme essentielles et urgentes :

 

 

L'AGRICULTURE : Deux mesures sont à prendre de toute urgence. L'une d'entre elles porte sur l'organisation d'un référendum concernant les OGM, en vue d'en interdire la production et l'utilisation, ainsi que la vente de produits susceptibles d'en contenir, du moins tant que leur innocuité ne sera pas prouvée. 

 

L'autre mesure porte sur l'abrogation de textes interdisant certaines semences paysannes ou autres produits, tel le purin d'ortie (à la fois engrais et antiparasites permettant de ne plus recourir aux produits chimiques). De telles interdictions sont incompréhensibles. S'agit-il de drogues ? NON. S'agit-il de produits toxiques ou présentant un quelconque danger pour la santé ou l'environnement ? NON. Alors au nom de quoi pourrait-on en justifier l'interdiction ? Il s'agit seulement d'éléments naturels produits par la nature elle-même. Personne n'ose réglementer les marchés financiers, mais on voudrait réglementer la nature ? Ceux qui en sont responsables devraient être, soit internés en psychiatrie, soit jugés s'il apparaissait qu'ils se soient laissé corrompre par quelques lobbies.

 

D'une façon plus générale, tout devra être mis en œuvre pour le passage d'une agriculture intensive (désastreuse pour notre environnement) à une agriculture bio, notamment au moyen de mesures incitatives et dissuasives dont certaines que nous avons vu au chapitre économie. L'agriculture bio n'est pas seulement synonyme de produits sains et de qualité, elle présente également quelques avantages au niveau de l'énergie et donc de la lutte contre le réchauffement climatique. En effet, l'élevage intensif, la culture du maïs, la fabrication d'engrais chimiques et pesticides, le transport, l'importation du soja en provenance d'Amérique Latine dépensent des quantités d'énergie équivalentes à 2 ou 3 kg de pétrole pour faire 1kg de bœuf. À l'inverse, en production bio, les animaux ne mangent que l'herbe de l'exploitation et du fourrage. Pour les éleveurs, le gain est écologique, autant qu'économique.

 

Le retour à l'agriculture bio, c'est aussi le retour aux petites parcelles entourées de haies bocagères (qui protègent aussi la biodiversité). Le bois tiré de leur taille peut alors être utilisé pour le chauffage et la production d'eau chaude. À St-Hilaire (Mayenne), les copeaux de bois, tirés à 50% de la taille des haies bocagères et à 50% des déchets de bois des scieries, permettent d'assurer sur la commune le chauffage en hiver et l'eau chaude toute l'année. Dans cette commune, l'organisation de la filière bois couvre toutes les étapes, de la coupe jusqu'à la livraison au consommateur final. La coordination menée avec la structure "pays" permet en zone rurale d'obtenir à ce titre des subventions de la Commission Européenne.

 

 

L'ÉNERGIE : L'action doit porter sur deux directions. D'une part les économies d'énergie (dont nous parlerons plus loin), d'autre part une réorientation vers les énergies renouvelables et celles tirées de la valorisation des déchets, en vue de sortir progressivement du nucléaire. Bien sûr, en l'état actuel (réchauffement climatique oblige), le nucléaire vaut mieux que le charbon, mais c'est exactement comme si on demandait à un malade s'il préfère vivre avec la tuberculose ou le cancer du poumon. Fukushima et Tchernobyl en sont les parfaites illustrations. Voici quelques exemples de ce qui peut être fait :

 

Production de biogaz par le recyclage des déchets : Dans le cadre de l'expérience européenne "Biofuel Cities", la communauté urbaine de Lille a fait construire un centre de valorisation des déchets. À partir des 110.000 tonnes de déchets organiques collectés, ce centre est en mesure de produire 4.000.000 de m3 de biométhane (équivalent à 4.000.000 de litres de fioul) et de revendre aux agriculteurs 34.000 tonnes de compost (qui, contrairement aux engrais chimiques, est inoffensif).

 

Concrètement, comment cela fonctionne-t-il ? Les déchets organiques sont traités dans un méthaniseur qui produit le biogaz utilisable comme carburant, le surplus pouvant être injecté dans le réseau "Gaz de France". Après traitement, il reste le compost qui peut être utilisé comme engrais par les agriculteurs. Enfin, les déchets non recyclables sont brulés par l'incinérateur et ainsi convertis en électricité. Puisque, d'une façon ou d'une autre, nous devons traiter nos déchets, n'est-il pas plus intelligent de les valoriser ?

 

Généralisation des énergies renouvelables : Les énergies renouvelables ne sont malheureusement pas disponibles sur commande. Les panneaux solaires ne sont opérationnels que le jour, les éoliennes ne produisent qu'à 25% du temps au gré du vent et l'électricité ne se stocke pas. Alors, comment produire assez d'énergie verte en continu ? Une expérience menée par l'université de Kassel (Allemagne) en association avec trois industriels nous fournit des éléments de réponse.

 

Ont été couplées 11 éoliennes, 4 centrales de cogénération de biogaz et 20 installations de panneaux photovoltaïques. Une station de pompage hydroélectrique complète le réseau. Au total, 36 points de production ont été disséminés à travers l'Allemagne. Ainsi, les sources alternatives se compensent l'une l'autre selon la météo locale. Une centrale virtuelle combine les sources en fonction de la demande et la production de chaque source est ajustée par informatique en temps réel. Quand le vent et le soleil sont insuffisants, notamment la nuit, les centrales à biogaz sont lancées. Quand au contraire la production dépasse la demande, le surplus d'électricité est envoyé vers la station de pompage hydroélectrique et l'eau est pompée vers un bassin supérieur de retenue. Aux heures de pointe, il suffit d'ouvrir les vannes pour que l'eau redescende vers le bassin inférieur, entraînant au passage les turbines qui produisent l'électricité.

 

Ce dispositif permet d'alimenter une ville de 12.000 habitants. Reproduit à grande échelle et en reliant l'ensemble des installations, panneaux solaires, éoliennes, station hydroélectrique, centrales à biogaz et installations de micro-génération (installations des particuliers) suffiraient à satisfaire les besoins de la population du pays entier. Toutefois, un apport d'énergie complémentaire peut s'avérer nécessaire pour répondre aux besoins des transports ferroviaires et de certaines industries grosses consommatrices. Selon les régions, d'autres solutions sont également envisageables pour satisfaire ce besoin supplémentaire. Ainsi, dans les régions côtières (dont nous avons la chance d'être largement pourvu), les hydroliennes et autres dispositifs utilisant l'énergie tirée de la mer pourraient compléter le dispositif. Dans ces mêmes régions, il est également possible de déployer des parcs d'éoliennes offshore (en pleine mer).

 

Dans d'autres régions, le solaire peut utiliser des techniques plus performantes que les simples panneaux photovoltaïques. Le procédé le plus efficace est la centrale à concentration dite "centrale à tour". Avec cette technique, on peut concentrer des milliers d'héliostats de 10 m² chacun sur un seul récepteur placé en haut de la tour. Grâce à cette concentration, le foyer peut monter à une température de 600 degrés et cette chaleur est convertie en électricité. Le principal avantage de ce procédé, est que la chaleur peut être stockée pendant plus de sept heures. Ce type d'installation peut donc produire de l'électricité quasiment 24 heures sur 24.

 

Aucune source ne peut prétendre être la meilleure. Pour que l'ensemble soit cohérent, il faut donc diversifier le bouquet énergétique au maximum et avoir recours à l'ensemble des sources disponibles. L'énergie verte représente une formidable perspective d'indépendance énergétique et une mine d'emplois non délocalisables. Le sujet de l'énergie reste confisqué par les acteurs de l'offre, ceux de la demande n'ayant aucune possibilité d'intervention. Or, si les acteurs de la demande ont intérêt à consommer le moins possible, ceux de l'offre, même s'ils prétendent le contraire, n'y ont pas intérêt. C'est pourquoi l'énergie doit être gérée en "régies citoyennes" (voir au chapitre économie).

 

Un effort particulier doit également être fait pour une avancée significative du moteur à hydrogène. En effet, le bioéthanol conduit à l'abandon des cultures vivrières au profit de monocultures, avec tous les risques de pénurie alimentaire que cela comporte. Quant au moteur électrique, sa généralisation conduirait à augmenter le nombre de centrales nucléaires pour faire face aux besoins supplémentaires d'électricité. Pour ces deux raisons, le moteur à hydrogène semble, en l'état actuel des connaissances, la seule solution vraiment "durable". C'est pourquoi il est nécessaire de mettre au point un programme de grande ampleur permettant au plus vite la production de ce type de véhicules et la mise en place des réseaux de distribution du carburant. Il y a là un marché potentiel énorme à ne surtout pas manquer.

 

 

LA RÉORGANISATION DES TRANSPORTS COLLECTIFS : Dans nombre de zones rurales, les transports publics se sont dégradés, au point de devenir quasi inexistants. Je me souviens de mon étonnement à mon arrivée en Lot-et-Garonne, en constatant que pour me déplacer de Monflanquin à Villeneuve-sur-Lot, le seul moyen de transport se résumait à une navette effectuant un aller le matin et un retour le soir. Pire, durant les vacances scolaires l'autocar ne circulait que le jeudi matin (jour de marché).

 

Il semble malheureusement que ce ne soit pas un cas isolé. Un peu partout en France chacun est donc obligé d'utiliser son véhicule personnel pour se rendre à son travail. Comment peut-on prétendre que pour lutter contre le réchauffement climatique nous devons moins rouler, si aucun autre moyen de nous déplacer n'est mis à notre disposition ? C'est pourquoi il faut développer, pour les transports de proximité, des services sur mesure, à la demande ou sur abonnement, avec des véhicules de volumes adaptés. De plus, les tarifs devront être nettement plus abordables qu'ils ne sont actuellement (notamment sur les longues distances), ce qui sera rendu possible par la mise en régie citoyenne des transports publics.

 

 

MESURES DIVERSES : Les mesures que nous venons de voir portaient sur les grandes orientations, mais d'autres mesures n'en sont pas moins urgentes. Je pense en tout premier lieu à la lutte contre le gaspillage d'électricité concernant tant l'éclairage urbain, que la consommation des particuliers et des entreprises. Serait alors instauré un tarif progressif, proposant un prix à peine supérieur au coût de production pour la consommation minimum nécessaire. Ce tarif augmenterait ensuite par paliers pour ceux qui consomment plus qu'il n'est besoin. Quant à l'éclairage urbain, il devra être réglementé, tout comme celui des vitrines ou enseignes de magasins. Sur un autre plan, seuls les appareils électriques de classe A et B (les moins énergivores) seront autorisés, ceux appartenant aux autres classes devant être retirés du marché.

 

Bien qu'on ne nous parle plus de la pénurie d'eau, le problème n'en est pas pour autant résolu. C'est pourquoi, comme pour l'électricité, des tarifs progressifs semblent un bon moyen de lutter contre le gaspillage. La récupération des eaux de pluie devra également être généralisée. Je citerais encore pêle-mêle, à titre d'exemple, l'instauration de nouvelles règles d'urbanisme visant à intégrer harmonieusement lieux de travail et lieux d'habitation (afin de limiter les déplacements), l'injection dans le sous-sol du CO2 rejeté jusqu'à présent dans l'atmosphère par les cheminées des usines et des immeubles, l'interdiction des emballages plastique et du suremballage.

 

Tout aussi nécessaire, une taxe carbone appliquée aux transports de marchandises, sur la base de la distance parcourue et variable selon le mode de transport utilisé. Cette taxe présente en outre l'avantage de favoriser les productions locales. Quant à l'idée de la taxe carbone sur les carburants, elle pourra être reprise, mais elle devra alors être accompagnée de mesures d'aide en direction des revenus modestes. Lutter contre la pollution est évidemment nécessaire, mais en aucun cas par une mesure injuste et au détriment de ceux qui ont les plus faibles revenus.

 

Telle qu'elle était prévue, cette taxe aurait pénalisé une fois encore les ruraux les plus pauvres qui n'ont d'autre possibilité que d'utiliser leur véhicule pour se déplacer. La solution la plus rationnelle semble d'attendre que les nouvelles sources d'énergie, notamment celles concernant l'automobile (pile à combustible), soient réellement opérationnelles. Les mesures d'aide devront alors permettre à ceux qui n'en ont pas les moyens de s'équiper malgré tout. C'est pourquoi la totalité du produit de ces taxes devra être consacrée à ces catégories sociales, que ce soit pour l'acquisition d'équipements concernant l'habitat ou pour l'achat de véhicules à hydrogène.

 

Il serait aussi souhaitable de procéder à des travaux d'isolation et d'équipement en énergie verte sur l'ensemble des bâtiments publics. Le coût élevé de tels travaux serait d'ailleurs largement compensé, à moyen terme, par les économies qui en résulteraient. Non seulement ce serait profitable au contribuable, mais cette dépense serait certainement bien plus pertinente que la garden party de l'Élysée chaque année plus coûteuse…

 

Concernant maintenant les logements sociaux, le nouveau parc ne devra comporter que des d'habitations conformes aux normes d'éco-habitat, habitations dites "passives" et "bioclimatiques". Il s'agit là d'habitations qui consomment beaucoup moins (15 KW/h par m² et par an, contre 240 KW/h dans les constructions traditionnelles), ou même produisent plus d'énergie qu'elles n'en consomment. Les habitations anciennes devront également à terme répondre à ces normes (selon un calendrier à négocier).

 

Sur un autre plan, dans le but de protéger les intérêts des particuliers, un label officiel validant la qualité de leur travail et le respect de règles tarifaires sera attribué aux professionnels de l'éco-habitat (architectes spécialisés, gros œuvre, pompes à chaleur, panneaux photovoltaïques, électriciens et autres). L'Agence Nationale de Maitrise de l'Énergie tiendra à la disposition du public un répertoire de ces professionnels. Face aux abus ou à l'incompétence de certains professionnels, cette liste devrait permettre aux propriétaires d'éviter qu'ils ne soient victimes d'escrocs.

 

Toutes les mesures que nous avons vues ne serviraient toutefois à rien, si on ne se donnait pas, parallèlement, les moyens de les faire respecter. Nous ne pouvons donc malheureusement faire abstraction d'un volet répressif, avec la création de notions juridiques appropriées, notamment un concept de "crimes et délits environnementaux". Nous y reviendrons plus en détail au chapitre consacré à la justice. Certains ne semblent en effet prendre conscience de la gravité de gestes, considérés trop souvent comme anodins, que face au risque d'encourir une pénalité.

 

Prenons pour exemple un particulier qui préfèrerait se débarrasser discrètement d'un réfrigérateur ou d'un téléviseur en pleine forêt, plutôt qu'à la déchetterie (malheureusement, ça existe). Il serait alors sanctionné, pour "délit environnemental", par une lourde amende et pourrait même encourir une peine d'emprisonnement en cas de récidive.

 

Prenons maintenant le cas plus grave d'un transport maritime qui procéderait à des dégazages en mer, ou d'un industriel qui porterait atteinte au milieu naturel en y rejetant des produits toxiques. De tels actes, impardonnables, qu'ils soient volontaires, commis par négligence ou imprudence, seraient qualifiés de "crimes contre l'environnement" et sanctionnés par une lourde peine d'emprisonnement. Désormais, notre survie dépend directement de l'état de la planète. Ces agissements sont donc aussi graves que des actes de terrorisme, voire dans certains cas de crime contre l'humanité et c'est comme tel qu'ils doivent être jugés.

 

S'il est nécessaire d'user de dissuasion, il semble tout aussi nécessaire de prévoir des mesures incitatives. Je pense en effet que pour atteindre les objectifs, il faut également savoir se donner les moyens de nos ambitions. Les incitations financières sont alors incontournables. Outre les aides abordées plus haut, il serait également souhaitable d'obtenir de Bruxelles une baisse de TVA au taux minimum pour les énergies renouvelables, véhicules à hydrogène et éco habitations. On peut m'objecter le manque à gagner qui en résulterait, je pense pour ma part que l'augmentation du nombre de ces équipements compenserait largement cette perte de recettes. Mais, quel qu'en soit le prix, s'il y a un secteur sur lequel un effort doit être fait, c'est indiscutablement celui-ci.

 

Les programmes d'enseignement devront comprendre en bonne place, dès l'école primaire, des modules environnement. L'accent sera plus particulièrement mis sur le réchauffement climatique et sur les atteintes à la biodiversité. Les programmes de formation et apprentissages aux métiers en rapport avec les points traités dans ce chapitre devront être réorientés. De nouveaux pôles d'excellence devront permettre de former les spécialistes dont nous aurons besoin. Ce sera le cas pour les énergies propres, l'éco-construction, l'agriculture et l'agronomie. Concernant ces deux derniers secteurs, la priorité sera donnée à l'agroécologie, l'agroforesterie, la permaculture, la polyculture bio et durable. Dans tous ces secteurs, la France pourrait devenir à la fois modèle et leader, il serait dommage de ne pas saisir l'occasion.

 

Avant de conclure, actualité oblige, j'aimerais revenir sur le problème du nucléaire. Après la catastrophe de Fukushima, on nous a expliqué qu'un tel tremblement de terre n'était pas à craindre en France. Je réponds qu'à moins de se prétendre devin, bien malin qui peut prédire l'avenir. Mais admettons que ce risque soit négligeable, il n'en demeure pas moins que le réchauffement climatique va entrainer des périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes, le manque d'eau de refroidissement conduisant ainsi à l'arrêt de centrales sur plusieurs mois. Or, le seul argument utilisé pour justifier le recours au nucléaire est son faible coût. Qu'en est-il alors de l'intérêt économique du nucléaire, si des centrales construites à grands frais doivent être mises à l'arrêt trois ou quatre mois par an (sans parler du coût de démantèlement qui se chiffre en milliards par centrale) ?

 

Pour clore ce chapitre environnement, je suis convaincu que nous devons, nous montrer intraitables et ne faire aucune concession au niveau international. Qu'il s'agisse de nucléaire civil, de gaz à effet de serre et autres pollutions (notamment maritime), ou de déforestation, quel que soit le lieu, c'est l'ensemble de la planète qui est impacté. C'est donc au niveau mondial que doivent être établies des règles communes à l'ensemble des pays. C'est l'avenir de l'humanité et de la planète qui est en jeu et on ne peut transiger avec les forces de la nature, ce n'est qu'une question de simple bon sens !!!

 

 

Actuellement, les êtres humains utilisent ou détruisent environ 40% des réserves naturelles de la planète. Des scientifiques on démontré qu'à ce rythme, nous en serons à 80% en 2017 et à 160% en 2040 (donc bien plus tôt que nous pensons généralement). Cela revient à dire que les ressources ne suffiront plus à couvrir nos besoins et que nous devrons alors vivre beaucoup plus modestement en acceptant toutes sortes de privations, ou faire nos adieux à notre bonne vieille terre.

 

La seule alternative est d'inventer un autre modèle de société, d'autres modes de vie et de consommation. Tout ce que nous venons de voir dans ce chapitre ne constitue qu'un premier pas qui reste encore très insuffisant. Il nous faudra aller beaucoup plus loin, ce qui n'est concevable qu'au niveau international. C'est pourquoi j'aurai l'occasion d'y revenir au chapitre intitulé "Un autre modèle de société".

 

Lorsque l'homme aura coupé le dernier arbre, pollué la dernière goutte d'eau, tué le dernier animal et pêché le dernier poisson, alors il se rendra compte que l'argent n'est pas comestible.