Chapitre 5

 

L'EMPLOI ET LE CHÔMAGE

 

 

Depuis qu'on nous promet le retour du plein emploi, plus aucun d'entre nous ne devrait connaître le chômage. Malheureusement, le plein emploi, c'est bel et bien fini et nous le savons tous. Continuer de nous tenir ce langage, c'est considérer que nous sommes totalement décérébrés ! La réforme de la fiscalité des entreprises, la création des coopératives et sociétés citoyennes (voir chapitre économie) devraient permettre de créer de nombreux emplois en CDI. Malgré cela, certains auront encore probablement quelques difficultés pour accéder à ce type d'emploi et à plein temps. Je ne parlerai donc pas de plein emploi, mais d'une autre façon de concevoir et de répartir le travail.

 

Avant d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais revenir sur une idée reçue. Travailler est valorisant nous dit-on et si on en croit les statistiques les français aimeraient le travail. Avez-vous déjà pris le temps d'y réfléchir et croyez-vous vraiment que c'est ce qu'en pensent ceux qui sont contraints d'accepter n'importe quel job, bien souvent en CDD, pour un salaire de misère ? Je peux vous assurer que non. Pour eux, travailler n'a de valorisant que le courage nécessaire pour accepter un travail le plus souvent sans intérêt, plus par nécessité que par goût, dans le seul but de pouvoir nourrir la famille.

 

Bien sûr, certains métiers permettent d'avoir plaisir à travailler, par exemple lorsqu'on a une certaine liberté dans l'organisation de son travail, ou lorsque le poste repose sur notre créativité, ou lorsqu'on a la chance d'exercer un métier librement choisi, ou encore lorsqu'on se sent utile à autre chose qu'enrichir les patrons et actionnaires. Mais pour la plupart d'entre nous, travail est synonyme de galère. Alors, ayons l'honnêteté d'admettre qu'il nous arrive parfois de penser que nous préfèrerions occuper notre temps à des activités plus intéressantes et agréables.

 

Le travail a cessé de pouvoir être considéré comme une valeur depuis que des patrons peu scrupuleux (qui maintenant vous toisent méprisants et arrogants) ont recours à vos services comme à ceux d'une prostituée, dont ils se débarrassent après usage, sans le moindre état d'âme. Vous doutez peut-être que ce soit vraiment ce que pensent du travail nos concitoyens ? Bien sûr, dès qu'on parle de travail, la retenue s'impose, on craint de passer pour un fainéant en disant ce qu'on en pense vraiment et l'hypocrisie est donc de mise.

 

Mais si vous avez des amis qui jouent au loto ou autres jeux, demandez leur ce qu'ils feraient s'ils gagnaient. Immanquablement (ou du moins à de très rares exceptions près), la première réponse qui leur vient à l'esprit est : "Eh bien, déjà, je pourrais quitter mon boulot de m * * * * !!!". N'est-ce pas révélateur de ce qu'est devenue la "valeur travail" et de la joie que nous procurent nos emplois ? Voyons maintenant ce que disent les divers protagonistes concernés par le problème de l'emploi. D'un côté ceux qui nous gouvernent nous expliquent que les salariés ne devraient pas se montrer trop gourmands en ces temps difficiles où il ne faut pas décourager nos pauvres patrons. Certains virtuoses du "diviser pour mieux régner" voudraient aussi nous faire croire que les chômeurs sont tous des fainéants qui en réalité ne cherchent pas de travail.

 

Soyons un peu sérieux, s'il est probable que, parmi les 3.364.000 chômeurs, certains ne cherchent pas sérieusement un emploi, il est indéniable qu'ils ne sont qu'une infime minorité. D'ailleurs, je me demande ce qu'en diraient ceux que la crise vient d'envoyer grossir les files d'attente du Pôle Emploi. En tout cas, moi, lorsque je devais chercher du travail, j'aurais plutôt eu tendance à regretter que les fainéants ne soient pas plus nombreux, car il y aurait eu moins de concurrence aux entretiens d'embauche.

 

Nous avons d'un autre côté les patrons qui se plaignent de payer trop de charges et de ne pouvoir, ni embaucher, ni augmenter les salaires. Ils se plaignent également d'un manque de flexibilité qui les empêche de licencier comme bon leur semble et pour cette raison, préfèrent n'embaucher qu'en contrats précaires. Ils sont bien pratiques ces contrats, pour maintenir le personnel dans un esprit de crainte et de soumission. Les employés ont tellement peur de ne pas voir leurs contrats renouvelés qu'ils sont prêts à accepter n'importe quoi pour des salaires ridicules. Si ça ne suffit pas, il reste encore l'arme suprême, la menace de délocalisation.

 

À l'autre bout, nous avons ceux qui ont un emploi et qui se plaignent (à juste titre) que leurs salaires stagnent et que le patron annonce des licenciements, alors que l'entreprise enregistre des bénéfices record. Certains se plaignent aussi d'être toujours ceux qui "bossent" pour entretenir ceux qui "glandent", faisant ainsi allusion aux chômeurs. Ne souriez pas, j'ai entendu ça tant de fois, preuve que le principe "diviser pour mieux régner" dont je parlais plus haut fonctionne plutôt bien. Notons au passage que ça sous-entend qu'eux aussi aimeraient bien pouvoir "glander" de temps à autres.

 

Nous avons enfin les chômeurs, dont personne ne semble réellement se soucier, pas même les syndicats et évidemment encore moins le gouvernement. En fin de droits, le RMI ayant été supprimé depuis l'arrivée du RSA (quel progrès…), ils se demandent avec angoisse comment ils vont pouvoir payer le loyer et nourrir les enfants.

 

Évidemment, voila des attentes qui semblent difficilement compatibles. C'est du moins ce qu'on pourrait penser en écoutant les partenaires sociaux au journal télévisé. Côté patronat, le MEDEF (qui représente surtout les grandes entreprises multinationales) et côté travailleurs, les syndicats dont le faible taux d'adhérents (moins de 10% des salariés) en dit long sur leur représentativité réelle. Je ne parle même pas du gouvernement qui semble n'avoir d'autre ambition que faire ce que lui dicte le MEDEF.

 

Bien sûr, à partir de ces seuls points de vue, figés obstinément sur leurs positions, inutile d'espérer de grandes avancées. Dommage qu'à la télévision, on ne laisse jamais la parole à la "France d'en bas". Pourtant, nous qui composons cette France là, sommes bien plus ouverts au vrai dialogue. Très loin de ce "tout pour moi et tant pis pour les autres", salariés, chômeurs et petits patrons sont prêts de part et d'autre à chercher des idées nouvelles, pour peu que chacun y trouve son compte.

 

Est-il si invraisemblable de pouvoir concilier les attentes des employeurs, des travailleurs et des chômeurs ? J'ose prétendre que non ! Cela n'a rien d'impossible, à trois conditions. D'abord inventer un système dans lequel plus une entreprise embauche, moins elle est imposée et inversement. C'est ce que nous avons vu au chapitre économie et il s'agit là d'un fonctionnement totalement à l'opposé de celui en vigueur. D'autre part, lorsque les CDI font défaut, réunir les conditions permettant aux travailleurs précaires d'accéder plus souvent à un emploi. Enfin, garantir à tous un revenu décent. Repenser entièrement le monde du travail est la condition nécessaire pour y parvenir.

 

Du fait des licenciements en constante augmentation, il est évident que les chômeurs ont de plus en plus de difficultés, dans le système actuel, pour retrouver un emploi stable. Cela engendre forcément une concurrence importante à l'embauche et donc des rémunérations de plus en plus faibles. Il en va en effet du marché de l'emploi comme de celui des biens de consommation. En matière de biens de consommation, plus la quantité d'un produit mis sur le marché est importante et la demande faible, moins le prix est élevé et inversement. De façon tout à fait identique, plus le nombre de chômeurs est important et l'offre d'emploi faible, moins les salaires proposés sont élevés.

 

Une autre conception du travail est-elle possible ? Certains qui ont envie de vivre plus confortablement souhaiteraient travailler plus pour y parvenir. Ça tombe bien, d'autres seraient prêts à se contenter de moins, si ça leur permettait de travailler moins. Nous éviterions alors leur concurrence si, plutôt que de les considérer comme des fainéants, nous acceptions de contribuer à leur permettre de vivre décemment tout de même. D'autres encore préfèreraient travailler plus lorsqu'ils en ont besoin et moins lorsqu'ils en ont envie. Le système proposé le permettrait également.

 

 

REDÉFINITION DU RÔLE DE L'AGENCE DE L'EMPLOI : En l'occurrence, il ne convient plus de parler seulement d'agence pour l'emploi, mais plutôt d'une Agence Nationale de l'Emploi, des Salaires et Revenus Alternatifs (ANESRA). C'est en effet l'agence qui versera les salaires pour les emplois temporaires, les "revenus alternatifs" et pour les périodes de congés formation ou d'inactivité, qu'il s'agisse de chômage, retraite, congé parental, maladie ou accident.

 

Outre sa mission actuelle, l'ANESRA fonctionnera comme une agence de travail temporaire, à la différence que le bénéfice, au lieu de rémunérer des actionnaires, viendra compléter la participation de l'État au financement des nouvelles mesures. L'agence négociera avec l'entreprise "cliente" le tarif de mise à disposition aux mêmes conditions que celles actuellement pratiquées par les sociétés d'intérim. Généralement, ces conditions varient entre 1,5 et 2,5 fois le salaire normal du poste.

 

Tous les emplois temporaires devront obligatoirement transiter par l'ANESRA, ce qui implique la probable disparition des agences d'intérim (à moins d'imaginer un partenariat ou une reconversion de ces agences). Il faudra alors veiller à ce que leurs employés n'en fassent pas les frais. Dans la mesure du possible, à condition bien sûr qu''ils le souhaitent, ils devront être repris par l'ANESRA et leur présence n'aura rien de superflue face au surcroît de travail résultant des mesures proposées.

 

Missions en direction des entreprises : l'agence établira, en liaison avec les entreprises et organismes de formation, un état prévisionnel des besoins en fonction des orientations prévues. Connaissant ainsi les activités en voie d'abandon (ou de réduction) et celles en voie de développement, elle pourra se préparer au mieux aux besoins futurs. Si nécessaire, elle proposera alors aux demandeurs d'emploi des mesures de reconversion ou d'actualisation de leurs compétences.

 

L'agence favorisera également la formation des employés à l'initiative de l'entreprise. Pour ce faire, elle facturera la mise à disposition du personnel de remplacement au salaire normal du poste, donc sans les majorations évoquées plus haut. Bien entendu, ces formations décidées par l'entreprise n'affecteront en rien les droits individuels à la formation acquis par le salarié.

 

Missions en direction des chômeurs : L'agence aura l'obligation de proposer au chômeur des offres d'emploi correspondant à sa qualification et à une distance raisonnable de son domicile. La durée d'indemnisation ne pourra être limitée qu'à la condition que cette obligation soit respectée. Côté allocations de chômage, elles seront revues substantiellement à la hausse. En contrepartie, les chômeurs devront manifester une réelle volonté de trouver un emploi. Après plusieurs propositions demeurées sans résultat, il y aura alors lieu de s'interroger sur les causes de ces échecs répétés.

 

Une autre mission de l'agence consistera à aider les chômeurs qui le souhaitent à se grouper en vue de la création de sociétés ou coopératives citoyennes, telles que nous les avons vues au chapitre économie. Des propositions dans ce sens pourront également être émises par le Conseil Supérieur des Coopératives et Sociétés Citoyennes, lorsqu'il souhaite développer ce type d'entreprise dans certains secteurs. L'ANESRA ne publiera donc plus uniquement des offres d'emploi, mais également ce type de propositions.

 

 

DE NOUVELLES ORIENTATIONS : Comme je l'ai déjà dit, trop souvent à mon goût j'ai entendu cette phrase dans la bouche de ceux qui ont la chance d'avoir un emploi : "j'en ai marre de bosser pour entretenir des glandeurs qui profitent du système". Pour y remédier, l'une des mesures proposées consiste à faire en sorte que les salariés puissent bénéficier d'un crédit d'heures qu'ils pourront utiliser moyennant une très légère perte de revenu. Puisque de toute façon, il faut payer pour des périodes d'inactivité, ne vaut-il pas mieux effectivement que ce ne soient pas toujours les mêmes qui en bénéficient (ou en soient victime selon l'idée qu'on s'en fait) ? En permettant plutôt aux salariés de bénéficier de repos supplémentaires, les chômeurs pourraient alors accéder plus souvent à l'emploi, bénéficiant ainsi d'un meilleur revenu. Un salarié en repos, en formation ou congé parental, c'est un emploi qui se libère temporairement et chacun y trouve donc son compte.

 

Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Bien que la durée "normale" de travail reste fixée à 35 heures hebdomadaires, toute période de 30 heures effectuées donne droit à un crédit de 5 heures. Ces heures sont rémunérées par l'ANESRA à 75% du salaire (avec un plafond à déterminer) et sont au moins égales au montant du "revenu citoyen", tel qu'il est défini au chapitre "Social". Le salarié peut utiliser ce crédit d'heures quand il le souhaite, par exemple en ajoutant un jour au repos hebdomadaire, ou en cumulant les heures sans limite, pour les prendre quand il en a besoin, les ajouter aux congés ou partir plus tôt en retraite.

 

Malheureusement, cette mesure permet seulement d'offrir aux salariés en poste une meilleure qualité de vie et aux chômeurs d'accéder plus souvent à un emploi précaire. C'est un peu comme un sédatif qui rend la douleur supportable, sans traiter la source du mal. Une autre piste consiste à instaurer une entrée et une sortie progressive du monde du travail. Ainsi, le jeune pourrait, jusqu'à 20 ou 25 ans, travailler à mi-temps avant de passer à plein temps. Le sénior, quant à lui, pourrait, à partir de 50 ou 55 ans, travailler à mi-temps avant de prendre sa retraite. Un complément de salaire serait alors pris en charge par l'ANESRA pour porter le revenu global à environ 3/4 d'un temps plein.

 

Ces mesures visent à réduire en urgence le chômage. Cela ne doit pas pour autant nous faire perdre de vue le second objectif qui est la relance du contrat à durée indéterminée. Pour que les entreprises privilégient à nouveau ce type de contrat, il faut bien entendu qu'elles y trouvent un intérêt. La réforme de la fiscalité des entreprises devrait les y inciter. Mais quels autres éléments peuvent faire obstacle aux CDI ? Il y a bien sûr plusieurs raisons, mais il en est au moins une sur laquelle il est facile d'intervenir.

 

Actuellement, l'employé en CDI, contrairement au travailleur intérimaire, est comptabilisé dans les effectifs de l’entreprise. Les effets de seuil (notamment au niveau des élections de délégués du personnel) sont alors souvent à l’origine d’une préférence patronale pour le travail intérimaire, pourtant beaucoup plus coûteux. Pour contourner l'obstacle et encourager les entreprises à embaucher plutôt en CDI, il fallait donc trouver une mesure leur permettant de s'affranchir de ces effets de seuil.

 

Pour atteindre cet objectif, l'entreprise pourra décider, avec l'accord des salariés, qu'ils soient considérés, non plus comme faisant partie de l'entreprise, mais comme y étant affectés, par l'ANESRA, en "mission permanente" (comme les employés intérimaires le sont en mission temporaire). Il s'agirait d'une nouvelle forme de CDI liant le salarié à l'ANESRA. Ainsi les effets de seuil ne concerneraient plus l'entreprise, mais l'agence.

 

En contrepartie, l'entreprise ne décidera plus unilatéralement des salaires, puisqu'ils seront facturés par l'ANESRA (sur la base d'un barème qu'elle aura établi). Cette solution est malgré tout avantageuse pour l'entreprise qui se trouve dégagée des effets de seuil pour un tarif correspondant au salaire normal du poste. Elle l'est également pour l'employé qui a ainsi la garantie d'un revenu permanent correspondant à son emploi.

 

 

DE NOUVELLES RÈGLES : Que les entreprises licencient des milliers de salariés, malgré des bénéfices record, nous y sommes maintenant habitués. Pourquoi s'en priveraient-elles, d'ailleurs, puisque rien n'est fait pour les inciter à plus d'éthique. Malgré les mesures proposées au chapitre économie, il est probable que certaines ne renonceront toujours pas à ces pratiques méprisables. Elles devront alors en payer le prix, car ce n'est pas aux seuls salariés de supporter les effets de l'avidité des actionnaires. Tout le monde a droit à des conditions de vie décentes et le chômage ne doit plus être synonyme de catastrophe. De nouvelles règles s'imposent, d'une part pour que les entreprises ne puissent continuer à licencier massivement sans conséquences plus dissuasives et d'autre part pour garantir aux salariés et chômeurs des revenus acceptables.

 

Encadrement des licenciements collectifs : Il convient de distinguer le licenciement "économique" (entreprise qui doit faire face à des difficultés), du licenciement que j'appelle "stratégique" (entreprise qui veut accroître ses profits, alors qu'elle réalise des bénéfices). Il serait ridicule de trop pénaliser une entreprise déjà en difficulté, c'est pourquoi l'effort demandé sera moindre dans ce cas. Toutefois, il sera alors interdit à l'entreprise de distribuer des bénéfices ou augmenter les salaires de la direction pendant 3 ans ou jusqu'à ce que le personnel licencié ait pu être réintégré.

 

Les indemnités versées seront identiques pour tous les salariés licenciés, quelle que soit leur ancienneté. En fonction du contexte, l'entreprise pourra proposer aux salariés l'une des trois mesures qui suivent. En cas de fermeture d'un site, cette mesure sera soumise au vote de l'ensemble des salariés du site. Si elle est repoussée (ou si aucune mesure n'est proposée), le site pourra alors être repris par les salariés et placé sous le statut de "Coopérative ou Société Citoyenne". La nouvelle entreprise sera dispensée du paiement des droits éventuels sur les brevets et les clauses de non-concurrence seront caduques. Les mesures que l'entreprise pourra proposer aux salariés seront les suivantes :

- Assurer le reclassement de l'employé licencié, à la double condition d'un salaire et d'une distance du domicile au moins identiques. Dans le cadre d'un licenciement économique, l'indemnité sera égale 3 mois de salaire si ces deux conditions sont réunies, à 6 mois de salaire si une seule des conditions est remplie et à 1 an de salaire si le salarié est simplement reclassé dans son département sans qu'aucune des deux conditions soit remplie. En cas de licenciement stratégique, l'indemnité sera égale à 6 mois de salaire si les deux conditions sont réunies, à 1 an de salaire si une seule des conditions est remplie et à 2 ans de salaire dans le dernier cas.

- Proposer à l'employé un poste équivalent et à salaire identique dans une autre région de France. Dans ce cas, l'entreprise devra procurer à l'employé un logement correspondant à celui qu'il occupait et assurer les frais de déménagement ou d'installation. En outre, elle versera une indemnité égale à 3 mois de salaire pour une mutation économique et à 6 mois de salaires pour une mutation stratégique.

- En cas de délocalisation à l'étranger, l'entreprise pourra proposer dans le pays de destination un poste équivalent et à pouvoir d'achat identique (compte tenu du coût de la vie dans le pays). Comme dans le cas précédent, l'entreprise devra procurer à l'employé un logement correspondant à celui qu'il occupait et assurer ses frais de déménagement ou d'installation. Elle devra également lui verser une indemnité égale à 1 an de salaire.

 

Si aucune de ces trois mesures na pu être proposée ou si celle qui a été proposée est repoussée et que les salariés ne souhaitent pas bénéficier de la possibilité de reprise sous le statut de "Société Citoyenne", comme évoqué à la page précédente, l'indemnité versée par l'entreprise sera égale à 18 mois de salaires pour un licenciement économique, ou à 3 ans de salaires dans le cas d'un licenciement stratégique.

 

Emplois intérimaires : Les entreprises ne pourront y recourir que pour faire face à un surplus ponctuel d'activité ou pourvoir au remplacement d'employés indisponibles. L'ANESRA facturera aux conditions vues à la redéfinition du rôle de l'agence, excepté dans deux cas, la prestation étant alors facturée au salaire normal du poste. Le premier cas, lorsqu'il s'agit de pourvoir au remplacement de salariés en formation ou utilisant leur crédit d'heures. Le second cas, lorsque l'entreprise accepte du personnel désigné d'office par l'agence. Ceux qui ont le plus de difficultés pour accéder à un emploi seraient alors désignés selon leur rang de priorité, basé sur la durée de chômage. Concernant les salariés, la "prime de précarité" sera portée de 10% actuellement à 12,5%. De plus, si la mission porte sur plusieurs mois, cette prime ne sera plus payée en fin de mission, mais mensuellement.

 

Contrat à Durée Déterminée : Il devra répondre à un besoin exceptionnel clairement défini, par exemple pourvoir au remplacement d'un employé en congé formation ou parental, ou préparer l'ouverture d'un nouveau service. Il pourra porter sur plusieurs années, sa durée totale devant être fixée à la signature du contrat. Il ne pourra être renouvelé, ni un CDD avec un autre salarié y faire suite pour la même opération. Ainsi disparaitra un moyen de pression trop souvent utilisé. Je ne suis probablement pas le seul à avoir entendu au moins une fois une menace à peine voilée telle que : "libre à vous de refuser ce qu'on vous demande, mais dans ce cas, je ne pourrai peut-être pas renouveler votre contrat lorsqu'il arrivera à échéance".

 

Une meilleure indemnisation du chômage : Dans le cas d'un licenciement pour faute le "revenu alternatif de chômage" sera calculé aux conditions actuelles. Pour les autres cas, faisant suite à un contrat temporaire ou saisonnier, il sera porté à 75% du salaire de référence. Pour un licenciement "économique" ou "stratégique", ce revenu sera porté à 80% du salaire de référence. Il ne pourra être inférieur au montant du "revenu citoyen" sur la base d'un temps plein (avec un plafond à déterminer). Bien entendu, ces mesures seront principalement financées par la réforme de la fiscalité des entreprises.

 

Des obligations pour les demandeurs d'emploi : Après plusieurs propositions faites au chômeur par l'ANESRA et demeurées sans résultat, une commission de suivi individuel étudiera les raisons de ces échecs répétés. La commission sera composée de membres de l'agence, de conseillers en insertion et en formation professionnelle, de psychologues, travailleurs sociaux, employeurs et représentants syndicaux.

 

Elle proposera au chômeur des solutions adaptées à son cas, ou sanctionnera son manque de bonne volonté. Pour permettre à la commission de forger son opinion, les employeurs auront l'obligation d'indiquer le motif de rejet d'une candidature. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer les difficultés à retrouver un emploi.

 

La première pourrait être que la qualification du chômeur soit en inadéquation avec le marché local de l'emploi. Il n'existe dans ce cas que deux possibilités. Soit le demandeur d'emploi préfère actualiser ses compétences ou se reconvertir, soit il préfère partir pour une région offrant plus de débouchés dans son métier. S'il choisit cette dernière option, il pourra percevoir une aide au déménagement, variable selon ses ressources (pouvant aller jusqu'à la prise en charge totale).

 

Il se peut également que l'employeur ait préféré un candidat jugé plus qualifié. Le chômeur n'est évidemment pas en cause, mais il convient alors de s'assurer qu'il a bien les compétences nécessaires pour le poste recherché. Si ce n'est pas le cas, il pourra lui être proposé, comme précédemment, un stage d'actualisation de ses compétences ou une reconversion.

 

Il est aussi possible que le CV n'ait pas été retenu, ou que l'entretien d'embauche n'ait pas été satisfaisant. Aucune faute ne peut être retenue contre le chômeur, mais probablement convient-il alors de l'orienter vers un stage de techniques de recherche d'emploi. Il pourra ainsi apprendre à mieux présenter son CV et améliorer son comportement lors des entretiens d'embauche.

 

Il peut arriver aussi parfois que le poste soit refusé par le candidat lui-même pour diverses raisons qui peuvent être justifiées ou non. Le poste peut par exemple avoir été refusé en raison d'un salaire insuffisant. L'agence vérifiera alors si le salaire correspond ou non au poste. Si ce n'est pas le cas, rien ne sera reproché au candidat et au besoin l'agence pourra appeler l'employeur à plus de raison. En revanche, si le salaire correspond bien au poste, le demandeur d'emploi recevra une lettre d'avertissement l'invitant à revoir ses prétentions à la baisse.

 

Un autre motif de refus de la part du candidat peut être lié aux conditions de travail. L'agence demandera alors à l'inspection du travail de contrôler l'entreprise. Si le refus du demandeur d'emploi s'avère justifié, l'entreprise pourra être sanctionnée. Dans le cas contraire, le chômeur recevra, là aussi, une lettre d'avertissement le mettant en demeure de faire preuve de plus de sérieux dans sa démarche.

 

Il en restera toutefois certains qui feront tout leur possible pour ne pas travailler. Ceux-ci sont assez facilement détectables par l'employeur (d'où la nécessité d'indiquer le motif du rejet de la candidature). Leur technique, pour éviter d'avoir à refuser eux-mêmes le poste, consiste tout simplement à décourager l'employeur de les embaucher. Eux aussi recevront donc une lettre d'avertissement.

 

Compte tenu du coût que représente la revalorisation des allocations de chômage, il n'y a aucune raison de faire preuve de clémence envers ceux (une infime minorité) qui choisiraient délibérément de profiter du système. Si nous le tolérions, j'imagine sans peine ce que pourraient ressentir ceux qui travaillent et paient des impôts. Après trois lettres d'avertissement, ou s'ils ont refusé toutes les solutions qui leur ont été proposées, ces demandeurs d'emploi perdront le droit aux allocations de chômage. Ils devront alors se contenter des mesures que nous verrons au chapitre suivant.

 

Enfin, nous devons aussi admettre qu'il existe des cas particuliers, que j'appellerais des "accidentés de la vie", pour lesquels le retour à la vie active ne va pas de soi. Privés de repères, ayant perdu toute énergie, ils sont incapables de se réadapter au monde du travail. Ils sont en quelque sorte en incapacité et parfois le retour à une activité professionnelle peut s'avérer impossible sans accompagnement. Nous verrons au chapitre suivant comment les aider et quels moyens mettre en œuvre.

 

Les heures supplémentaires : à une époque où la France compte 3.364.000 chômeurs, il n'est pas acceptable que les entreprises puissent imposer aux salariés d'effectuer des heures supplémentaires lorsqu'ils ne le souhaitent pas. Elles ne pourront donc être effectuées que sur la base du volontariat. L'entreprise pourra si nécessaire recourir à l'ANESRA pour lui fournir le personnel destiné à pallier au manque de volontaires.

 

Le Travail dominical : Les français se déclarent majoritairement favorables à l'ouverture des magasins le dimanche. Mais lorsqu'on leur demande s'ils souhaiteraient eux-mêmes travailler ce jour, ils répondent par la négative. À l'évidence, les avis sont très partagés et pour le moins incohérents. Il semble alors logique de permettre aux français d'exprimer clairement leur choix par référendum. Quel qu'en soit le résultat, il ne saurait être question d'imposer aux salariés en poste de travailler le dimanche.

 

Pour que l'employeur ne puisse faire pression sur eux, l'autorisation d'ouverture le dimanche sera subordonnée à l'obligation de recruter des employés spécialement pour ce travail. On peut imaginer pour ce type d'emploi une catégorie de salariés qui, plutôt que de travailler 5 jours par semaine, auraient choisi librement de ne travailler que les week-ends, jours fériés et ponts qui y sont parfois accolés. Ils seraient bien entendu payés double, mais ne bénéficieraient évidemment pas de repos compensateurs, puisque ne travaillant que ces jours là.

 

Le congé formation : Le Droit Individuel à la Formation et le Congé Individuel Formation seront regroupés sous le nom de Droit au Congé Formation. Les droits seront cumulables sans limitation tout au long de la vie professionnelle et l'employeur ne pourra s'opposer au départ en formation. Ces droits ne seront plus liés à l'ancienneté, mais ouverts dès le premier mois d'activité. Ils seront calculés sur la base de 1,35% du temps de travail réellement effectué et concerneront aussi bien les employés en CDI que ceux n'ayant effectué que des missions temporaires ou CDD. C'est l'ANESRA qui comptabilisera les droits. Durant sa formation, le salarié sera rémunéré par l'ANESRA, sur la base de 85% du salaire de référence, avec un minimum égal au SMIC et un plafond qui reste à déterminer. Quant aux frais de formation, ils pourront être pris en charge dans les mêmes conditions qu'actuellement.

 

Le congé parental : Beaucoup de parents préfèreraient certainement s'occuper eux-mêmes de leurs enfants après la naissance, plutôt que les confier à la crèche ou à une nourrice. Actuellement, le congé parental le permet sur une durée maximum de 3 ans, mais le montant de l'aide accordée est dissuasif et elle n'est pas versée à tous. Il conviendrait alors d'offrir aux parents qui le souhaiteraient un "revenu alternatif de congé parental". Il pourra être attribué, comme actuellement, indifféremment au père ou à la mère, en congé total ou à mi-temps. Son montant sera égal à 75% du salaire de référence, avec un minimum égal au montant du "revenu citoyen" sur la base d'un temps plein (et un maximum à déterminer).

 

L'égalité professionnelle : La règle "à travail identique, salaire égal" devra devenir une réalité concrète. C'est pourquoi les entreprises auront l'obligation de définir une grille des postes et salaires. Le problème des disparités hommes / femmes sera du même coup résolu, du moins pour ce qui est des salaires, mais il faudra parvenir à l'égalité également en matière d'avancement.

 

 

RÉCAPITULATIF ET VUE D'ENSEMBLE DES MESURES PROPOSÉES : Ce chapitre étant particulièrement long, complexe et probablement fastidieux, il me semble utile d'en faire une synthèse pour le rendre plus compréhensible. Les mesures qui ont été proposées reposent sur le principe que, lorsqu'un travailleur prend un congé ou suit une formation, c'est un poste qui se libère et peut donc être occupé par un chômeur. Il est vrai que cet emploi n'est que temporaire, mais ne vaut-il pas mieux plusieurs emplois temporaires successifs que pas d'emploi du tout ?

 

Ces mesures ont au moins le mérite d'instaurer une sorte de roulement permettant d'alterner périodes de travail et de congés, en fonction des besoins ou des envies de chacun. Il en résulte moins de stress et de fatigue, donc un travail moins pénible. Les mesures concernant les CDI n'ont toutefois pas été oubliées. Outre celles que nous avons vues au chapitre économie, nous avons proposé ici d'inciter les entreprises à privilégier cette forme de contrat, en leur permettant de s'affranchir des effets de seuil.

 

Pour résumer ce qui a été dit et avoir une vue d'ensemble du monde du travail qui est proposé, essayons de trier les différents cas en fonction de la situation dans laquelle peuvent se trouver les travailleurs :

- Les travailleurs en CDI : Nous avons vu comment relancer ces emplois.

- Les travailleurs temporaires : Dans la plupart des cas, le travailleur se trouve malheureusement dans cette situation faute de pouvoir trouver un poste en CDI. Les mesures proposées lui permettront d'accéder plus souvent à l'emploi. Pour d'autres, ça peut être par choix, à condition d'avoir tout de même un revenu décent.

- Les travailleurs ayant choisi de travailler uniquement les dimanches et jours fériés : Ce type de travail s'effectuant sur la base du volontariat, c'est donc librement qu'ils auront choisi ce type d'emploi. Pour compléter leurs revenus ils pourraient également effectuer quelques heures en semaine, par exemple lorsque les besoins en heures supplémentaires ne sont pas couverts par les volontaires d'une entreprise.

- Les travailleurs en formation : Il convient de distinguer ceux qui sont envoyé en formation par l'employeur de ceux qui utilisent, à titre individuel et à leur initiative, leur droit à la formation. Dans le premier cas, les heures accumulées dans le cadre du droit au congé formation ne sont pas entamées.

- Les travailleurs en congé spécial : Il peut s'agir d'un congé parental ou de l'utilisation du crédit d'heures pour lequel ils ne perdent qu'une très faible partie de leur revenu.

- Les demandeurs d'emploi : Le montant de leur allocation sera augmenté. La durée d'indemnisation ne pourra être limitée que si l'agence a pu proposer des offres correspondant à la qualification et à une distance raisonnable du domicile.

- Les chômeurs en stage d'insertion : Il s'agit de cas particuliers pour lesquels le retour à une activité professionnelle peut s'avérer impossible sans un accompagnement renforcé et souvent de longue durée.

 

 

MESURE COMPLÉMENTAIRE : Bien que très accessoire, cette mesure devrait sans doute connaître un certain succès. Personne n'est vraiment enclin à se montrer très performant les jours de réveillons, excepté peut-être dans le commerce. C'est pourquoi je propose que les réveillons de Noël et du Nouvel An deviennent eux aussi jours fériés (quitte à supprimer d'autres jours fériés). Ainsi, chacun pourrait aborder ces soirées de fêtes l'esprit libéré des soucis du travail.